Goncourt et ebook : gare à ne pas guillotiner les librairies

Clément Solym - 07.02.2011

Edition - Société - ebook - ipad - goncourt


Membre de l'Académie Goncourt, Didier Decoin officie depuis 1995 au poste de Secrétaire. Ce qui ne l'empêche pas de lire comme tout le monde, « entre fin juin et le 10 septembre près de 250 livres. Et Dieu merci, ils ne font pas tous 800 pages ».

C'est qu'un Goncourt, ça planche l'été. Didier Decoin a cependant sa méthode : éplucher les 40 premières pages, et s'aventurer sur les 15 ou 20 dernières. « Si dans un cas comme dans l'autre, le roman ne révèle pas de qualité, il n'est pas utile d'aller plus loin. Après cette épreuve des 60 pages, je sais à quoi m'en tenir. » Dans tous les cas, les livres sont ensuite discutés entre jurés. « Un chef-d'oeuvre ne pourrait pas passer entre les mailles », assure-t-il.

La vertu du Goncourt : être un fou de lecture

Lui, il lit n'importe où. « Il y a des livres partout chez moi, dans la salle de bain, dans mon bureau, à bord de mon bateau. C'est la première vertu des Goncourt, être un fou de lecture. C'en devient même une pathologie », plaisante-t-il. Lire n'importe où, un grand nombre de livres, tout le temps, cela rappelle tout de même fortement les qualités majeures des lecteurs ebook...

Et justement, les jurés du Booker Prize, le Goncourt version anglaise, ont dernièrement accepté de lire également sur un Kindle, tout en continuant de recevoir la version papier des ouvrages soumis. Alors quid de l'Académie ?

« Je n'ai aucune opposition à cela. Je préfère cependant le bruit des pages, la sensation du vélin, mais ça ne me gêne pas du tout de lire sur un ebook ou un iPad. Je pense même qu'un jour, sans que nous le demandions, les éditeurs nous enverront des versions numériques. » Et dans ce cas, pourquoi pas alors envisager de découvrir un Goncourt 2012 qui serait le produit d'une maison pure-player, qui ne publierait que des ebooks ?

Librairies et auteurs, deux interrogations

« Toutes les maisons ont leur place à l'Académie Goncourt, sauf une maison qui n'aurait pas la capacité d'assurer la diffusion nécessaire à l'obtention du prix. Après tout, c'est encore en librairie que l'on achète le plus de livres. Une maison qui ne pourrait pas assumer cette nécessaire diffusion ne serait pas retenue. » Mais dans l'hypothèse d'un pure-player, la question de la diffusion ne se pose pas ?

« C'est juste, cela ne serait pas problématique. Ce qui l'est en revanche, c'est que l'on passerait les librairies de France à la guillotine. Le prix Goncourt, c'est avant tout une célébrité que l'on retrouve chez son libraire. Et d'autre part, la question de la rémunération des auteurs sur les livres numériques pose encore de nombreuses questions. Régler ces deux aspects est essentiel avant que l'on ne puisse se réjouir du livre numérique. »

Toutes les maisons ont voix au chapitre, donc, et sans privilèges. « Il n'est pas rare que l'on ait besoin de se rappeler les uns les autres quel éditeur a publié tel ouvrage. Ces légendes sur le Prix participent de sa notoriété. »

Crédit photo Académie Goncourt



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