Goncourt, Renaudot, etc. : des femmes invisibles dans les prix littéraires

Nicolas Gary - 04.11.2013

Edition - Société - prix littéraires - misogynie - femmes auteures


L'annonce du lauréat du prix Goncourt, Pierre Lemaître pour Au revoir là-haut (Albin Michel, s'est accompagné d'une petite intervention du collectif féministe La Barbe. Une dizaine de militantes s'est temporairement introduit dans le restaurant Drouant, où siège et délibère la célèbre Académie Goncourt.

 

 

 

Leur message n'était pas des plus complexe : elles ont lu un communiqué-manifeste faisant état d'un certain ras-le-bol contre le machisme affirmé des prix littéraires, et plus spécifiquement du Goncourt, prestigieux d'entre les prestigieux. 

 

« Messieurs de l'Académie Goncourt, La Barbe est à vos côtés pour célébrer la gloire du verbe masculin », s'est exclamé une militante, citée par l'AFP. Et plus largement, c'est l'ensemble des récompenses littéraires qui était concerné. Dans un communiqué, le collectif évoque l'invisibilité de la femme dans les chiffres des prix :  

Sur 648 prix littéraires décernés au total depuis le début du XXe siècle, 84 % ont été attribués à des écrivains hommes, soit 544 virils lauréats. L'égalité est encore lointaine en littérature, à l'instar de bien des domaines des arts et de la culture comme de la vie politique, économique et sociale. Par ailleurs, les jurys des prix littéraires sont souvent très masculins (hors Femina, composé d'un groupe de femmes).

Si l'on considère la durée des présidences du jury du prix Goncourt, elle a été masculine pendant 94 ans (86 % du temps). L'Académie Française a compté 714 hommes sur 721 membres depuis sa création (99 %), l'Académie Goncourt, 50 hommes sur 55 membres (91 %).

 

Depuis Twitter, les commentaires ont d'ailleurs égratigné sévèrement les jurés... 

 

Les différentes sélections de cette année ne manquent pas non plus de machisme, ou de sélections masculinement orientées. Et la récompense attribuée à un homme fait grincer des dents : 

 


 

D'ailleurs, le monde des romans n'était pas le seule incriminé : 

 

 

 

 

Et le collectif de conclure : 

En France, si les femmes représentent 75 % des salarié-es de l'édition, elles ne sont que 59 % à faire partie des dix plus gros salaires de leur entreprise, attribués aux postes de direction. On les retrouve aux postes de décision principalement lorsqu'elles ont hérité des clefs de leur maison d'édition à la mort d'un mari ou d'un père. C'est seulement depuis les années 1990 que les femmes accèdent à un poste de direction dans des entreprises qui ne leur appartiennent pas.

À cette constatation s'ajoute l'écart salarial dû aux temps partiels essentiellement occupés par de jeunes mères.

En 2010, l'écart de rémunération femme-homme s'est d'ailleurs accru : le salaire annuel médian d'une femme s'élève ainsi à 36.000 euros, soit 13,4 % de moins que celui d'un homme (près de 41.500 euros). L'année précédente, il n'était « que » de 10,9 %. A titre d'exemple, les éditions du Seuil, Gallimard et Grasset ont toujours eu pour Président Directeur Général un homme.