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Goodreads chez Amazon : qui vendra encore des livres sur le net ?

Nicolas Gary - 29.03.2013

Edition - Librairies - Goodreads - Amazon - environnement Kindle


La nouvelle du jour n'a pas manqué de faire trembler la toile : Amazon achète un réseau social du livre, et pas des moindres : Goodreads. L'information, dévoilée hier après-midi, bien entendu, pose une première question : qu'en sera-t-il de l'évolution de la diversité des acteurs du net littéraire ? Otis Chandler, PDG et cofondateur, qui a lancé le site en janvier 2007 revendique aujourd'hui 16 millions de membres, 525 millions de livres ajoutés et 23 millions de chroniques de livres. Pas vraiment une petite entreprise...

 

 

Otis et Elizabeth Chandler

 

 

Dans un exercice de communication bien maîtrisée, Otis et Russ Grandinetti, vice-président du contenu Kindle, ont évoqué principalement l'avenir de l'intégration des contenus Goodreads dans l'écosystème Kindle. Une demande pressante émanant des utilisateurs du réseau social, mais dont on ne saura rien pour l'instant. Pas question de communiquer sur des fonctionnalités avant que celles-ci ne soient intégrées et développer. 

 

L'enjeu des bases de données enrichies

 

Bien entendu, c'est un avantage définitif qu'Amazon a pris sur l'ensemble des autres acteurs du web, et marchand de livres en ligne. En France, nous avons pu assister à un foisonnement de services axés autour du réseau social livre, et tous les libraires aujourd'hui ont leur propre outil - ou presque. Si Fnac reste encore à la traîne sur ce principe, le dernier arrivé c'est Bookinity, lancé par Chapitre.com. L'enjeu pour les librairies en ligne, ce sont les bases de données, les moteurs de recommandations, mais également le référencement, par du contenu autre que les métadonnées classiques. 

 

En ajoutant aux informations classiques (titre, auteur, éditeur, ISBN, 4e de couv', etc.), le marchand en ligne parvient à mieux se distinguer de ses concurrents et ressort alors plus rapidement sur les moteurs de recherche. Mais c'est également un outil essentiel pour les clients, qui peuvent alors disposer d'un nombre de chroniques de livres plus important, et donc mieux s'orienter vers l'achat, ou non. 

 

Pour rester dans ce domaine des métadonnées, Goodreads avait d'ailleurs décidé , en janvier 2012, de transiter vers une autre base de données : alors que le site profitait des outils - et des contraintes - d'Amazon, il avait choisi de prendre les données d'Ingram et de nombreuses autres sources. « Nous ne sommes plus dépendants d'Amazon pour obtenir les informations sur les livres », clamait alors Otis. C'est que, dans le contrat passé avec Amazon, le cybermarchand autorise la reprise de ses métadonnées, mais en imposant des liens de vente uniques : les siens.

 

La construction d'un monopole définitif

 

En basculant vers une multitude d'acteurs, Goodreads se dégageait alors de cet impératif, et pouvait alors multiplier les liens de vente - et donc les revenus liés à l'affiliation. Mais également s'assurer que sa base de données devenait la plus complète possible - le tout renforcé par l'activité des membres de la communauté Goodreads, qui ajoutent des éléments (couverture, photo d'auteur, etc.) spontanément.

 

Le rachat par Amazon signifie donc le retour des liens de vente qui pointeront exclusivement vers le site du cybermarchand. Un manque pour les autres vendeurs en ligne, évidemment, mais également le renforcement d'une position monopolistique pour Amazon. Avec cet investissement, le cybermarchand devancerait également une possibilité d'évolution que Goodreads aurait eue à l'esprit, selon différentes sources : le réseau social aurait eu dans ses projets à venir que de créer sa propre librairie en ligne. Une initiative qui aurait pu précipiter le rachat, plutôt que de voir un réel concurrent se mettre en place. 

 

À l'inverse, pour les éditeurs, la question de la diversité des acteurs littéraires du net, outre-Atlantique, va commencer à se poser : une fois Goodreads racheté, les acteurs prescripteurs ne seront plus légion... « Maintenant que nous avons l'occasion de reprendre les données d'Amazon dans Goodreads, nous allons explorer de nouvelles pistes dans la découverte de livres et la lecture », assure cependant Otis.

 

Du côté de Goodreads, le gros du travail sera centré sur l'intégration et le développement de fonctions pour les différentes applications iOS et Android - et donner ainsi aux utilisateurs l'accès aux outils de Goodreads directement dans les applications. Précédemment, Amazon avait déjà fait main basse sur un réseau social du livre, Shelfari, mais la mayonnaise n'avait pas vraiment pris, et l'investissement semblait plutôt morne. 

 

Mort annoncée du réseau d'éditeurs Bookish

 

D'ailleurs, le travail de Goordeads au travers du premier réseau social, Facebook va se poursuivre : le réseau « continuera d'être un élément important pour Goodreads - notre objectif est d'aider les gens à s'exprimer en s'appuyant sur ce qui est dans leurs étagères », explique Otis à TechCrunch. Et bien entendu, le réseau Facebook ne saurait être négligé dans ces conditions. 

 

« Amazon et Goodreads partagent une passion commune pour la réinvention de la lecture », assurent les deux acteurs dans leur communiqué. Tous deux auraient apporté des milliers de livres à des milliers de lecteurs (voire des millions), et à ce titre, la passerelle était évidente. Avec un point fort majeur : au cours des 90 derniers jours, les membres de Goodreads ont ajouté plus de 4 livres par seconde à l'étagère ‘J'ai envie de lire'. Autrement dit, le réservoir d'acheteurs auxquels on pourra proposer des promotions et des ventes flash est immense. 

 

Pour l'heure, on ne sait rien du montant de la transaction, mais l'acquisition devrait être finalisée au cours du 2e trimestre 2013. Mutuellement, les deux acteurs peuvent s'apporter beaucoup, bien entendu : Amazon aura des consommateurs-clients qui seront convertis en utilisateurs de Goodreads. En parallèle, Goodreads fournira des ventes supplémentaires et exclusives, et permettra de faire grossir les rangs des utilisateurs de l'écosystème Kindle - qui est, comme nous l'avons souligné, l'un des enjeux principaux de ce mariage. 

 

Le système de prescription que Goodreads a mis en place repose sur une forme de filtrage collaboratif : on tient compte de l'activité des utilisateurs, et des utilisateurs qui ont des choix de titres communs. La fusion de toutes ces données permet d'établir des sélections et des recommandations, tout en jouant sur l'interactivité entre les membres de la communauté. 

 

Or, dans le domaine, un réseau s'était lancé, appuyé et soutenu par des éditeurs comme Penguin, Hachette ou Simon & Schuster : leur point fort est de faire reposer les recommandations sur l'analyse du contenu des livres. Il manque alors clairement la couche sociale et interactive que propose Goodreads. Et dans le même temps, elle apportera aux recommandations d'Amazon une dimension moins algorithmique et plus humaine. Le site des éditeurs, qui avait été présenté comme une convergence entre Amazon et Goodreads (tiens donc...), va prendre du plomb dans l'aile.   




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