Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

“Google et consorts peuvent payer le data mining” (Michiel Kolman, Elsevier)

Antoine Oury - 31.10.2017

Edition - Les maisons - Michiel Kolman Elsevier - data mining - Elsevier open access


Invité à s'exprimer en ouverture des journées professionnelles de la Foire internationale du livre de Charjah, le Dr. Michiel Kolman, président de l'Union internationale des éditeurs et vice-président des relations internationales avec les universités pour Elsevier, a pu s'exprimer sur le marché du livre en général. Mais également sur le droit d'auteur ou encore les changements qui touchent l'édition scientifique et son rapport avec les universités...


Michiel Kolman (UIE-IPA, Elsevier)
Michiel Kolman, en ouverture des journées professionnelles de la Foire internationale du livre de Charjah
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 

La présence du président de l'Union internationale des éditeurs à Charjah n'a rien d'étonnant : l'Emirates Publishers Association, association des éditeurs émirats, fait partie de l'UIE en tant que membre à part entière. Si l'organisation a souligné par l'intermédiaire de son président l'importance d'une liberté de publier totale (certains sujets, religieux, sexuels ou relatifs à l'émir et sa famille, sont interdits), elle se réjouit de l'engagement du monde du livre local dans l'encadrement des pratiques.

La mise en place d'une organisation de gestion du droit de copie pour les Émirats arabes unis, mais aussi la suppression de la TVA sur les livres, en vigueur dès janvier 2018, sont autant de signes encourageants pour l'industrie, a souligné Michiel Kolman en ouverture des journées professionnelles de la Foire internationale du livre de Charjah.

« Le copyright est le fondement de notre industrie, ce qui la rend possible et viable », a souligné le président de l'Union internationale des éditeurs. « Il est aujourd'hui attaqué par des sociétés qui s'enrichissent en utilisant les contenus des autres », a-t-il expliquant en faisant une allusion à Google et autres multinationales du web.

Le responsable de l'IPA s'est également inquiété des lois récentes sur les exceptions au copyright : « Au Canada, en 2012, une nouvelle loi à fait entrer les usages pédagogiques dans le domaine du fair use, provoquant une perte d'environ 50 millions $ de royalties par an », assure Kolman. « Aujourd'hui, un certain nombre d'éditeurs pédagogiques ont fermé et des manuels devront être importés, ce qui nous paraît contre-productif : ils doivent être produits localement pour impliquer les élèves. »
 

La grippe canadienne,
une épidémie anti-copyright qui se propage

 

Quand ce ne sont pas les lois sur le copyright, la nationalisation des marchés scolaires inquiète aussi l'IPA, alors que l'édition de manuels reste l'un des piliers de l'industrie du livre.
 

“Les éditeurs doivent être au service de la vérité”


Interrogé par Badour Al Quasimi, fondatrice et présidente de l'Emirates Publishers Association, Michiel Kolman se réjouit de l'ouverture de la Sharjah Publishing City, une infrastructure dédiée à l'édition qui « permettra aux éditeurs locaux de consolider leur activité, mais aussi à Charjah de devenir plus attirante aux yeux des éditeurs à l'international, grâce, aussi, à la plus grande société de distribution de livres du Moyen-Orient ».

Michiel Kolman (UIE-IPA, Elsevier)

Badour Al Quasimi et Michiel Kolman
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

La mondialisation, doublée de la numérisation, ont fait subir de profonds changements à l'industrie du livre : « L'innovation est devenue incontournable dans cette industrie », remarque Kolman. « Le premier est le passage au numérique, pour lequel les éditeurs scientifiques, techniques et médicaux ont ouvert la voie. Le suivant est incarné par les big data, qui vont permettre d'obtenir plus d'informations sur nos lecteurs et clients pour améliorer le service apporté. »

 

Elsevier et la recherche, une relation compliquée


À propos de service, celui fourni par Elsevier fait l'objet depuis plusieurs années de critiques vis-à-vis de son coût et de ses conditions d'accès : des universités et chercheurs soulignent le coût en hausse des abonnements, la faible valeur ajoutée de certains articles ou encore les restrictions d'accès. Certains établissements choisissent même de ne pas renouveller leurs abonnements, comme en Allemagne, où 60 institutions scientifiques ont élevé la voix à l'occasion des négociations.
 

« Je tiens d'abord à préciser que ce ne sont pas des boycotts », indique Michiel Kolman, interrogé par ActuaLitté, « mais des discussions. Je pense que nous fournissons un service de qualité à de nombreux clients dans un certain nombre de pays : nous avons ainsi signé des accords en Finlande ou au Royaume-Uni. La qualité et la popularité de nos services se mesurent d'ailleurs au nombre de téléchargements et à l'impact des articles publiés dans nos journaux. »


L'open access, qui consiste à place des articles scientifiques en accès libre, particulièrement lorsqu'ils ont été financés par des deniers publics, fait également partie des réclamations des chercheurs. « Dans ce domaine, Elsevier se classe deuxième ou troisième éditeur pour l'open access gold, et leader en ce qui concerne l'open access green. »

Deux modes d'accès qui sont sujets à la polémique, le premier rendant payant, sous certains conditions, un accès normalement gratuit. Quant au second, il n'est disponible librement qu'après un certain laps de temps et Elsevier aurait envisagé d'en bloquer l'accès dans certains pays, contrairement à ce que suppose le principe de l'open access.
 

Autre bouleversement induit par le numérique dans le domaine de la recherche, le text and data mining, soit la possibilité de soumettre un nombre important de texte et de données à un traitement automatique, afin d'accélérer le processus de recherche. « Tous nos abonnés ont accès, dans l'enceinte de l'université et des instituts scientifiques, à une solution de data mining sur nos publications. Nous fournissons même les corpus dans les formats adéquats pour faciliter la chose » explique Michiel Kolman.

Une réponse commerciale qui justifie l'opposition à la mise en place d'une exception au droit d'auteur sur le text and data mining, réclamée par certains chercheurs : « Nous pensons qu'une exception au copyright n'est pas nécessaire dans l'immédiat, et, s'il y en a une, elle ne doit s'appliquer qu'aux instituts universitaires et scientifiques, et non aux fins commerciales. Google et consorts ont les moyens de payer pour le data mining ! »