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Grâce à Mobidys, tous les poissons vont pouvoir grimper aux arbres

La rédaction - 07.03.2017

Edition - Economie - Mobidys poissons arbres - financement participatif édition - livres enfants dys


« C’est Nathalie qui est venue d’abord me chercher, en me disant : “Dans mon boulot, la question de la lecture et du livre pour les dys est essentielle. Je bricole à chaque fois des outils adaptés qui ne servent qu’en séance. C’est dommage. Et ça me prend beaucoup de temps. Je travaille sur Ali Baba. Est-ce que tu ne pourrais pas m’aider à mettre en place un outil informatique pour faciliter la lecture ?” »

 

 

 

Marion Berthaut est informaticienne, Nathalie Chappey est orthophoniste, spécialiste des TSL (troubles spécifiques du langage). Avec le concours de Jérôme Terrien, maquettiste, ils ont créé Mobidys, une structure dédiée à l’édition numérique adaptée aux publics connaissant des troubles de l’apprentissage.

 

« J’ai demandé à Jérôme de m’aider à la numérisation d’Ali Baba. Au bout de deux mois, il m’a dit : “Mais c’est énorme !” Et nous avons tous réalisé à quel point cette démarche pour rendre l’enfant dys autonome dans la lecture d’un texte était à la fois très spécifique et indispensable. » Fin 2014, Marion quitte son travail et lance une étude de faisabilité pour la création d’une maison d’édition dédiée. Celle-ci est financée par la Banque publique d’investissement (BPI), dans le cadre de la French Tech, un dispositif de soutien aux projets innovants créateurs d’emplois.

 

« Nous entrions parfaitement dans les critères et, de plus, nous étions deux femmes, ce qui nous donnait une priorité. » Au bout de six mois d’étude, le projet apparaît viable, avec un marché potentiel encore plus important que prévu, vu l’intérêt manifesté par les professionnels de santé, mais aussi par le secteur scolaire.

 

« L’école, ce n’est pas facile d’y entrer, mais c’est très important, bien sûr. Nous pouvons permettre à toute la classe de lire le même livre, qui s’adapte aux difficultés de chacun. Au lieu d’avoir un livre destiné exclusivement aux dys, cette faculté d’adaptation fait de nos livres des outils inclusifs. » Une fois les problèmes techniques résolus et les verrous technologiques surmontés, l’entreprise Mobidys est créée fin 2015, grâce à une opération de financement participatif − via la plate-forme Ulule − destinée à la fabrication d’un prototype.

 

« Nous n’avons pas tellement touché les parents d’enfants dys, par exemple, puisqu’il s’agissait de créer un produit dont ils ne savaient rien. » Le projet Mobidys voulait réunir 10 000 euros, il en aura finalement récolté 12 500, sur un budget prévu de 20 000 euros. L’engagement des banques et des maisons d’édition a ensuite permis de boucler le projet.

 

Marion Berthaut, devenue directrice de Mobidys, est ravie : « Depuis, les retours sont incroyables ! Des enfants dys qui étaient totalement réfractaires à la lecture en redemandent.Les professionnels n’en reviennent pas. L’outil est d’une grande souplesse. Et la tablette s’avère plus séduisante, plus ludique, pour ceux à qui l’objet livre fait peur. En fait, il permet de rentrer dans l’histoire à son rythme, en fonction de ses capacités.

 

Mobidys, vers des ebooks nativement accessibles aux dyslexiques 

 

L’enfant peut aussi bien accéder à la définition d’un mot qu’il ne comprend pas que se faire lire un passage qui le rebute. On peut donc lire, même si l’on croit qu’on n’y arrivera pas. Dans un pays comme la France, où la culture de l’écrit est si importante, tout problème d’illettrisme est facteur d’exclusion. Et l’on évalue que les dys représentent un cinquième des personnes en situation d’illettrisme. »

 

À écouter les dyslexiques raconter les humiliations qu’ils ont pu subir, notamment au cours de leur scolarité, on ne peut que se féliciter de la création de ce type d’outil par Mobidys. Il ne peut qu’aider à la nécessaire prise de conscience par la société que le dys n’est pas quelqu’un de moins intelligent, mais quelqu’un de différent. Comme disait Einstein, probable dys, lui aussi : « Tout le monde est un génie. Mais si vous jugez un poisson sur ses capacités à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide. »

 

Gérard Alle

 

en partenariat avec Livre et lecture en Bretagne