Grèce : Eleftheroudakis, librairie centenaire d'Athènes, a fermé

Nicolas Gary - 21.09.2016

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Librairie historique d’Athènes, Eleftheroudakis va fermer ses portes. Sophia Eleftheroudakis, actuelle dirigeante, ne peut que constater la catastrophe : en 2008, son établissement réalisait 24 millions € de chiffre d’affaires. En 2015, à peine un demi-million d’euros. 

 

 

 

L’annonce est survenue ce 30 septembre, dans un post Facebook. Après plus d’un siècle de vie dans la capitale grecque, et 21 années passées rue Panespistimiou (librairie sur 8 étages), Eleftheroudakis plie boutique. La crise du pays et le contrôle des capitaux ont eu raison de l’établissement. En juin dernier, le ministre des Finances avait pourtant annoncé un nouvel allégement : les Grecs seraient autorisés à retirer plus d’argent aux distributeurs. Mais la mesure intervient trop tardivement.

 

Ce contrôle des capitaux a surtout impacté les commerces : au cours du premier trimestre 2016, la consommation avait encore enregistré un recul de 1,3 %, en regard de la même période sur 2015. Mais le pays vivait de toute manière sa septième année de récession en 2015, avec une croissance négative de 0,2 %. 

 

Dans le même temps, la librairie phare de la rue Panespistimiou, avec un loyer de 70.000 € mensuels, était devenue intenable. Située près du Parlement, elle subissait une augmentation de 10 % chaque année, depuis la création en 1995. En 2010, la famille Eleftheroudakis avait tenté d’obtenir un accord avec le propriétaire pour diminuer le montant du bail, mais faute d’accord, il avait fallu vider les lieux. Durant deux années, l’endroit est resté vide, et finalement, un nouveau locataire s’est présenté, avec un loyer inférieur à 10.000 €. 

 

Une lueur d'espoir, rapidement éteinte

 

En 2014, plusieurs librairies Eleftheroudakis de la banlieue d’Athènes avaient également été fermées. En collaboration avec les différentes institutions bancaires grecques, l’entreprise était parvenue à finaliser un plan de restructuration financière et économique. On attendait les résultats pour 2015...

 

« Je suis l’une de victimes du contrôle des capitaux et de la crise internationale qui survient dans une période très difficile », explique Sophia Eleftheroudakis, PDG de la librairie. « Nous avons décidé de fermer le magasin. Dans un premier temps, nous commencerons par débarrasser le premier étage. [...] Nous allons nous concentrer sur notre site internet. Nous ferons de l’impression à la demande », poursuit-elle.

 

Sophia Eleftheroudakis souligne qu’elle compte également passer par des offres d’autopublication pour augmenter son chiffre d’affaires. Les commandes de livres à l’étranger se poursuivront, de la même manière. Toute la famille est mobilisée pour assurer la survie de l’entreprise, mais surtout adopter une nouvelle approche, plus adaptée aux conditions de travail que le pays impose, et en adéquation avec les tendances internationales.

 

Le projet de mutation comporte également la création d’une bibliothèque pour les entreprises. 

 

Sur les 130 employés que la librairie a pu compter, seuls 10 travaillent encore, et ils ne seront plus que 4 dans les prochains jours. « Il y aura les ventes en ligne, et nous poursuivrons nos publications. Tout cela se consolidera. Je ne peux pas nier que, dans ma tristesse, je reste optimiste. Nous serons prêts quand les choses viendront à changer », assure la patronne. D’autant qu’Eleftheroudakis dispose de plusieurs autres établissements, depuis la première ouverture en 1898. 

 

 

 

En attendant, c’est une liquidation en bonne et due forme qui est mise en place : la librairie propose des remises allant jusqu’à 80 % et vient d’annoncer pour ce week-end une ouverture élargie. « Nous préparons notre prochaine “librairie”, mais nous ne la présenterons pas, tant qu’il n’y aura pas un environnement commercial stable et favorable dans notre pays », assure-t-elle. 

 

En 2013, un autre établissement historique, Hestia, avait dû fermer, après 128 ans d’existence. Elle éditait les livres de Kundera, DeLillo et Céline. Depuis huit ans, près de 400 grades librairies et entreprises liées au livre ont du fermer en Grèce : s’il reste encore quelque 1500 points de vente, tous sont dans une situation particulièrement délicate. En 2008, le marché du livre était estimé à 250 millions € : l’an passé, il aurait atteint près de 150 millions €. En dépit des campagnes de remises pratiquées, le pouvoir d’achat – frappé par le contrôle des capitaux – a sévèrement impacté le secteur. 

 

Ironie? La fermeture de Eleftheroudakis intervient alors qu’Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO, a annoncé qu’Athènes serait la capitale mondiale du livre en 2018. Si d’ici là, toutes les librairies n’ont pas disparu...

 

 

via newsit.gr