Grèce : l'édition entre malheurs et optimismes

Clément Solym - 18.09.2012

Edition - International - Grèce - Crise économique - Edition


Ce qui saute aux yeux, dans le cas de la crise économique, c'est comment tout un système entier peu se déconstruire brusquement comme par un effet de dominos. En Grèce, alors que le pays est durement touché par la récession, le monde du livre n'est pas épargné par la crise. Des maisons d'édition sombrent et leurs éditeurs avec elles. C'est dans ce contexte que le Centre National du Livre a passé un accord avec son homologue grec pour dynamiser l'activité éditoriale entre les deux pays (voir notre actualitté).

  

D'après Publishing Perspectives : les sévères mesures d'austérité ont déclenché un cercle vicieux. Baisse considérable des salaires et effet boule de neige se répercutant sur l'activité des libraires et des éditeurs. La majeure partie des libraires sont dans l'impossibilité de s'acquitter de leurs obligations envers les maisons d'édition et les banquiers. Pour finalité : le pays se retrouve sans librairies, tandis que le lectorat grec manque d'argent pour relancer le marché du livre. 

 

Anna Pataki, éditrice de l'une des plus importantes maisons d'édition grecque, Patakis, a souligné : « La Grèce souffre d'une crise de liquidités. [...] Nous devons garder en mémoire que l'avenir du marché du livre en langue grecque est en relation directe avec l'avenir du pays de la Grèce dans son ensemble. »

 

Selon les économistes, les horizons ne sont pas prêts de s'éclaircir pour le pays. Ceux-ci prédisent plutôt un avenir sombre, évoquant un retour à une situation similaire à l'entre-deux-guerres des années 1950. Et certains acteurs des univers du livre, collaborateurs au sein d'Ersilia Literary Agency déclarent avoir l'impression de manoeuvrer dans un champ de mines. Ils s'expriment entre doute et optimisme.

 

George Pavlopoulos, écrivain, brosse un tableau sinistre : « Le pays se désagrège, ce qui est dommage parce que cela aurait pu être l'occasion de changer pour le mieux. » Tandis que l'une des écrivaines les plus prolifiques et populaire du pays, Soti Triantafyllou a ajouté : « Il est probable que nous glissons lentement evrs la barbarie, même si je n'en suis pas sûre. [...] Dans tous les cas, la récession devrait être une nouvelle chance pour les livres et la lecture. »

 

Face au constat, le salut de la littérature grecque pourrait venir du développement des débouchées à l'étranger. Certains succès commerciaux sur les marchés européens, comme un récent Livre d'aphorismes de Nikos Diou, semblent en attester.

 

Aris Laskaratos, de la maison d'édition Aiora Press invite toutefois ses pairs à rester lucides. « La pire chose pour les gens à cette étape serait de paniquer. [...] Nous avons besoin d'idées fraîches, de synergie et de flexibilité. Nous avons besoin de penser hors de la boîte. »