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Greenpeace et la forêt boréale en danger : la pression s'accentue sur les éditeurs

Antoine Oury - 29.05.2017

Edition - International - Greenpeace en danger - Greenpeace papier - Hachette HarperCollins papier


Il y a quelques semaines, la célèbre organisation non gouvernementale internationale Greenpeace envoyait un message urgent à l'édition mondiale : un exploitant forestier canadien, Produits forestiers Résolu, multiplie les procès contre ceux qui dénoncent l'impact de ses activités sur la forêt boréale. Mais pourquoi les éditeurs ? Parce que Hachette, HarperCollins ou encore Penguin Random House figurent parmi les clients de cette société... La liste des signataires de différentes pétitions, sur Internet, s'allonge...

 
Forêt boréale
La forêt boréale (photo d'illustration, Jean-François Renaud, CC BY-ND 2.0)

 

Depuis plusieurs années, Greenpeace appelle l'exploitant Produits forestiers Résolu à la raison : « La forêt boréale canadienne est une forêt ancienne, formée par les forces de la nature et conservée par les peuples autochtones depuis des temps immémoriaux. On y retrouve certaines des dernières vastes étendues de forêt naturelle non perturbée ; elle abrite des espèces menacées et est un des plus importants réservoirs terrestres de carbone. Produits forestiers Résolu, l’une des plus importantes entreprises d’exploitation forestière en Amérique du Nord, détruit des zones clés de cette magnifique forêt et a cessé de déployer des efforts pour en assurer une gestion durable », dénonce Greenpeace dans un rapport publié il y a quelques jours.

 

En réponse aux actions de Greenpeace et d'autres ONG, Produits forestiers Résolu a choisi la voie des tribunaux : en 2013 et en 2016, l'exploitant forestier a intenté des procès à Greenpeace USA, Greenpeace International, Stand.earth, Greenpeace Canada et des employés de ces organisations. Des actions en justice qui pourraient coûter plus de 300 millions $ aux différentes ONG.

 

Face à ces procès qui ont pour conséquence de « couper le droit de parole », selon Greenpeace, l'organisation demande aux éditeurs de se mobiliser et de faire pression sur Produits forestiers Résolu. En effet, Penguin Random House, HarperCollins, Simon & Schuster et Hachette, entre autres, font partie des clients de l'exploitant, auprès duquel ils s'approvisionnent en papier, malgré leurs engagements écologiques affichés.

 

Or, remarque l'ONG, « [l]e paradoxe tient dans le fait que ces éditeurs appuient ainsi une entreprise qui menace activement le droit à la liberté d’expression qui sert de fondement à leur propre existence et qui est essentiel à nous tous ». Des poursuites judiciaires qui pourraient d'ailleurs se retourner contre les éditeurs eux-mêmes : en 2008, rappelait Greenpeace, les éditions Écosociété s'étaient retrouvées contraintes de retirer de la vente le livre Noir Canada suite à un procès intenté par Barrick Gold, société minière canadienne, dont l'exploitation de l'or en Afrique faisait l'objet d'une enquête et d'une dénonciation dans l'ouvrage.

 

Les différents groupes éditoriaux interpelés par Greenpeace n'ont pas encore réagi, mais une pétition publique internationale a fait son apparition sur la plateforme Avaaz. Si elle n'a pas été mise en ligne par Greenpeace, elle reprend certaines revendications de l'organisation. « En tant que citoyens du monde entier, nous sommes inquiets d'apprendre que Produits Forestiers Résolu fournit le papier pour les pages de beaucoup de vos livres. En tant que clients soutenant vos engagements en faveur de solutions durables pour nos forêts, nous vous demandons d'exhorter Résolu à cesser ses attaques contre la liberté d'expression et à défendre nos forêts », souligne ainsi la pétition.

 

Ci-dessous, le rapport complet de Greenpeace consacré au sujet.