Grenoble : la mairie avance de nouvelles solutions pour son réseau de lecture publique

Antoine Oury - 24.05.2017

Edition - Bibliothèques - Grenoble bibliothèques - bibliothèque Prémol - bibliothèque Hauquelin


Le collectif Touchez pas à nos bibliothèques s'est lancé depuis bientôt un an dans une résistance à la fermeture de plusieurs bibliothèques, à Grenoble : les établissements Alliance, Prémol et Hauquelin étaient menacés par un plan d'austérité municipal, et la fermeture des deux derniers avait encouragé le collectif à augmenter la pression sur la mairie. À travers le droit d’interpellation mis en place par la municipalité elle-même, le collectif a pu obtenir des engagements de la mairie de Grenoble.

 
Grenoble
Grenoble (photo d'illustration, Paula Funnell, CC BY-NC-ND 2.0)

 

Le dialogue a pu sembler bien délicat, ces derniers mois, entre la mairie de Grenoble et les militants engagés dans le maintien des bibliothèques, bibliothécaires eux-mêmes ou simples citoyens. Mais, ce lundi soir, le débat a été « constructif », remarque un communiqué de la mairie de Grenoble. Il faut dire que le collectif Touchez pas à nos bibliothèques avait de quoi attirer l'attention de la mairie : une pétition rassemblant quelque 4000 signatures.

 

Et autant d'électeurs : la mairie a donc entendu l'appel citoyen en faveur de la lecture publique, et annonce ainsi plusieurs mesures qui portent, d'abord, sur l'association des usagers et des habitants aux décisions qui portent sur les établissements. Il y aura ainsi « des comités de suivi dédiés à chaque lieu concerné » et « des comités d’usagers [...] développés de manière pérenne dans l’ensemble du réseau de lecture publique grenoblois ». Un dispositif qui sera d'abord expérimenté pour la bibliothèque Alliance, et qui permettra peut-être d'éviter des échanges à couteaux tirés comme ceux des premiers mois...

 

Deuxième engagement de la mairie, « Maintenir une bibliothèque sur l’ensemble du bâtiment Alliance », avec un projet déjà annoncé en février dernier. « La bibliothèque Alliance sera animée par des professionnels permanents qualifiés. Elle sera dotée d’une collection et d’un budget d’acquisition et de fonctionnement » annonce la mairie pour désamorcer les craintes liées à un projet de « tiers lieu » au sein de l'établissement, dont la surface serait réduite de moitié en termes de personnel et de surface. À ce titre, la mairie évoque un « aménagement du bâtiment », l'accent mis sur « les accueils des groupes » et une réflexion sur « les horaires d'ouverture ».

 

Et la mairie de fournir un calendrier :

 

  • 26 juin : un budget d’investissement sera proposé en décision modificative lors du Conseil municipal.
  • 27 juin : une réunion publique aura lieu pour faire un point d’étape sur le projet.
  • 1er juillet : le parc de l’Alliance accueillera un temps d’information et de convivialité avec les usagers.
  • juillet : des travaux de transformation seront réalisés jusqu’à début 2018.

 

Enfin, la mairie évoque le devenir des établissements Prémol et Hauquelin : « Assurer un accès à la lecture publique dans les deux quartiers Village Olympique et Ile-Verte/Notre Dame/Alma-Très-Cloîtres en direction du public de l’enfance et de la jeunesse » est le troisième engagement de la municipalité. Au sein des modalités, la mairie garantit la « Présence de professionnels au minimum une 1⁄2 journée par semaine », « une collection renouvelée », « accueil des groupes » et « animations régulières autour du livre ».

 

Contactée par ActuaLitté, la municipalité de Grenoble explique que ces projets correspondent à un « élargissement du réseau de lecture publique de la Ville, à l'aide de petits fonds mis à disposition d'endroits comme des hôpitaux ou des centres pénitentiaires, et qui font l'objet d'animations à certains moments ». Le tout ne se fera pas forcément « dans les locaux des établissements », nous précise-t-on, et les professionnels chargés d'animer ces lieux seront soit des personnels des bibliothèques de la ville, soit des personnes chargées d'animer ces lieux de lecture publique.

 

La mairie de Grenoble assure que la suite se fera en dialogue avec les habitants et les usagers. Les discussions avec le collectif se poursuivront jusqu'au Conseil municipal du mois de juin, où sera décidé l'avenir du dispositif d’interpellation citoyenne : soit la conclusion d’un accord entre les pétitionnaires et la Ville, soit le renvoi en votation citoyenne.

 

L'intersyndicale prête à poursuivre la lutte

 

Si la dialogue a repris, il affiche encore quelques ratés, visiblement : en effet, le collectif Touchez pas à nos bibliothèques est ressorti de l'entretien en estimant avoir obtenu les garanties d'une réouverture partielle de Prémol et Hauquelin. Sauf que... la mairie nous précise « qu'il ne s'agit de pas de réouvertures partielles », mais bien des projets évoqués ci-dessus...

 

L'intersyndicale CGT-FO-SUD-CNT des Territoriaux de Grenoble restait néanmoins sceptique : dans un communiqué, elle « se réjouit de la décision de réouverture partielle » — qui n'aura donc pas lieu, mais rappelle qu'un équipement public « ne saurait fonctionner sans personnel ni budget ». Et les syndicats de rappeler que la municipalité reste vague sur ces deux points ainsi que sur celui du fonds des bibliothèques « qu'elle a méthodiquement détruites cet hiver ».

 

Leurs préoccupations portent d'abord sur la diversification des missions des bibliothécaires, dans un contexte de restriction des budgets et des effectifs : « [T]oujours plus de missions nouvelles sortent du chapeau (bibliothèque numérique, navette documentaire...). Ajouter des services est une bonne chose, à condition de mettre des moyens en face. » Par ailleurs, l'intersyndicale reste vigilante : les « professionnels » évoqués pour Prémol et Hauquelin ne doivent pas, selon eux, venir d'autres établissements du réseau, qui seraient alors fragilisés à leur tour.
 

L'ABF aux bibliothécaires de Grenoble : “Représenter l'ensemble des personnels”

 

L'intersyndicale s'étonne également de la création d'un poste d'adjoint au chef de service, « un poste de cadre “gelé” depuis bien longtemps » — ceci « n'est pas acté », commente la mairie. En conséquence, l'intersyndicale réclame un chiffrage et des projets plus précis à la municipalité, indiquant qu'elle est prête « à lancer une saison 2 des luttes ».