Grève du jeudi 15 mai : le bilan d'un mouvement national

Clément Solym - 15.05.2008

Edition - Société - grève - jeudi - 15


Les syndicats de l’enseignement peuvent d’ores et déjà se féliciter de la mobilisation du personnel de l’éducation. La grève concernait toute la fonction publique mais ceux qui se trouvaient en première ligne, c’étaient les enseignants du primaire et les chiffres sont éloquents.

Le point de vue des syndicats :

Au niveau du primaire, selon le SNUipp-FSU (majoritaire), deux enseignants sur trois (63 %) ont débrayé jeudi pour protester contre les milliers de suppressions de postes mais aussi contre le projet de nouveaux programmes.

Concernant les enseignants du secondaire, le mouvement a également bien été suivi. Selon le Snes-FSU (majoritaire) 55 % du personnel des collèges et lycées étaient en grève. Le syndicat Unsa-Education a parlé lui de 60% de participation dans l'ensemble de l'Education.

En comparaison, lors de la dernière journée de grève commune à toute la Fonction publique le 24 janvier, la FSU faisait état de 54% de grévistes et le ministère de 34%, un chiffre qu'il avait revu à la baisse deux mois plus tard ( à 25%).

Les chiffres du ministère de l’Education nationale :

Selon le ministère, 46.16 % des enseignants du 1er degré, 39.07 % des enseignants des collèges, 24.6 % des enseignants des lycées professionnels et 29.91 % des enseignants des lycées d’enseignement général et technologique ont fait grève hier, jeudi 15 mai. Quant au personnel ATOSS, on relève le chiffre de 12.04 % de grévistes.

Les chiffres pour les autres fonctions publiques :

Le ministère de la Fonction publique a de son côté évalué la participation à 28,8% des agents de l'Etat (hors Poste et France Télécom) et à 15,7% au total pour les trois fonctions publiques (Etat, territoriale et hospitalière) contre 13,2% le 24 janvier.

Parallèlement, les manifestations organisées en province ont réuni entre 106.000 (selon la police) et 207.000 personnes (selon les organisateurs), selon un comptage non exhaustif des bureaux régionaux de l'AFP, dont 7.000 à 30.000 à Marseille, 12.000 à 30.000 à Nantes, 7.000 à 15.000 à Grenoble. A Paris, ils étaient 18.000 selon la police, entre 50.000 et 60.000 selon la FSU, dont des milliers de lycéens.

Les réactions des membres du gouvernement : un signal de fermeté

Le ministre du Budget, Eric Woerth, a donné le ton, en déclarant jeudi que « défiler avec des pancartes pour dire ‘je veux plus de moyens’, c'est une manière très égoïste de voir les choses ».

  Quant à Xavier Darcos, il a estimé de son côté « qu'il n'était pas exact de dire que, quand on a 1,2 million de fonctionnaires, qu'on soit quelques milliers de plus ou quelques milliers de moins, on réglait les problèmes, ce n'est pas vrai ».

On retrouve là le point de vue défendu par le président de la République lors de sa dernière intervention audiovisuelle : le système éducatif actuel, qui a vu un gonflement des effectifs ininterrompu, n’a pas fait les preuves de son efficacité. Autrement dit, la règle : « plus de profs, plus de résultats » semble invalidée d’un point de vue historique.

Satisfaction affichée des responsables syndicaux :

Pour Gérad Aschieri (FSU, majoritaire dans l’Education), « C'est une mobilisation réussie qui marque un mécontentement extrêmement sérieux ». Il ajoute qu’ « Il faut sortir d'une logique où l'on teste le rapport de forces au maximum, où on va jusqu'au bout du conflit avant de discuter ».

La quasi-totalité des fédérations et syndicats de l'Education, y compris l'enseignement privé sous contrat, et les parents d'élèves FCPE appelaient à manifester contre les 22.900 suppressions de postes dans la fonction publique, dont 11.200 dans l'Education (8.830 dans le public) prévues en 2008, alors que 35.000 sont déjà annoncées pour 2009.

Le service minimum dans l’éducation lors des grèves :

Xavier Darcos a mis à nouveau en place le service minimum d'accueil (SMA), consistant à rémunérer des agents municipaux pour qu'ils gardent les enfants les jours de grève, grâce aux retenues sur salaires des grévistes.

2.837 des 22.000 communes accueillant au moins une école ont signé des conventions pour organiser ce dispositif qui se heurte à l'opposition des syndicats ainsi que de nombreux élus de gauche, mais pas seulement.