Groupe Eyrolles : "On n'empêche pas le piratage avec des DRM"

Nicolas Gary - 05.02.2014

Edition - Les maisons - groupe Eyrolles - livres numériques - piratage d'ebooks


Adobe a fait des siennes la semaine passée, et s'est fait tirer les oreilles par ses différents partenaires. En décidant de renforcer ses mesures techniques de protection avec un DRM Musclor sous stéroïdes, la firme a également décidé d'une mise à jour de ses outils de gestion des verrous numériques. Avec pour funeste conséquence de rendre, d'ici fin juillet, complètement incompatibles les livres numériques achetés avant la mise à jour. Fort heureusement, la société a décidé de faire machine arrière

 

 

 Marie Pic-Pâris Allavena

 

 

Pour l'occasion, ActuaLitté a souhaité faire un point avec Marie Pic-Pâris Allavena, directrice générale du Groupe Eyrolles. « Pour nous, c'est simple : pas de DRM. Nous proposons des fichiers avec un watermarking : c'est, pour l'utilisateur, plus souple en termes d'utilisation. Et il est vrai que l'on n'apprécie pas beaucoup les diktats des monopoles. » D'ailleurs, les problématiques pour la maison tournent aujourd'hui plus autour de la distribution de leurs livres, et du marketing à mettre en place, autant que des lieux de commercialisation. 

 

Et en terme de protection de fichiers par verrous numériques, Adobe se positionne comme un leader. Mais la directrice générale reste lucide : « On n'empêche pas le piratage avec des outils comme les DRM. Au contraire, nous qui avons un grand catalogue de titres sur l'informatique, quand ce sont des pros qui les consultent, si l'on ajoute des DRM, cela pourrait représenter un défi, et inciter à les craquer plus rapidement encore… »

 

Aujourd'hui, impossible de quantifier l'offre contrefaite des éditions Eyrolles présente sur les réseaux. « Il y en a certainement beaucoup, mais il y en avait déjà beaucoup avant que le livre numérique n'apparaisse réellement en France », nous explique-t-elle. 

 

« Les auteurs nous signalent que leurs livres sont présents sur internet, et accusent la vente de formats numériques - ce qui peut être une raison invoquée, d'ailleurs, pour ne pas accorder les droits numériques de leurs livres. Mais en regardant dans le détail, on s'aperçoit que l'on retrouve aussi des copies scannées de livres papier, et pas simplement des ebooks commercialisés. » 

 

"On n'empêche pas le piratage avec des outils comme les DRM. Au contraire [...] cela pourrait représenter un défi, et inciter à les craquer plus rapidement encore…"

 

Raison de plus pour privilégier des solutions de lecture pratiques pour les lecteurs, sans encombrer les ebooks de verrous numériques « qui n'apportent que des contraintes supplémentaires. Nous avions même été alertés par une cellule d'Hadopi, sur la présence de nos livres sur un ordinateur, et avions porté plainte. Mais contre le piratage, on ne peut pas faire grand-chose. »

 

Surtout que l'économie du livre numérique n'est toujours pas trouvée : concevoir les fichiers coûte cher, les commercialiser aussi. Marie Pic-Pâris Allavena cite l'exemple d'un ouvrage intégrant des vidéos, ayant coûté quelques dizaines de milliers d'euros, pour des ventes qui n'avaient pas dépassé les quelques exemplaires. « Désormais, nous ne faisons plus les mêmes erreurs, mais il faut prendre en compte que le livre numérique ne représente que 8 % de notre chiffre d'affaires. Et les meilleures ventes concernent souvent les livres de management. »

 

Il existe toutefois une exception, qui confirme toutes les règles : le livre de Maurice A. Bercoff, L'art de négocier avec la méthode Harvard, qui « se vend autant en version papier qu'en numérique. Voire plus. » C'est que les plus importantes des ventes pour le groupe, pour le format ebook, approchent des 300 exemplaires, et qu'il faut avant tout « répondre à des problématiques d'animation : comment est-on présent, avec nos 1500 livres, sur internet, et comment faire en sorte que l'achat de livres numériques devienne un réflexe. C'est encore loin d'être le cas en France. »

 

L'éditeur compte parmi les premiers à avoir signé avec Apple, mais également avec Amazon. Et toujours dans les innovations commerciales, depuis mars 2013, c'est un accord avec la société Paperus qui permet aux clients ayant acheté un livre papier, de se procurer une version numérique pour un tarif préférentiel. « Cela décolle, oui, mais doucement. C'est toujours compliqué. Cela le sera probablement quelque temps encore. » 

 

Heureusement, l'avenir est porteur de bonnes nouvelles, et l'éditeur assure que plusieurs projets sont dans les cartons, dans les prochains mois.