Guantanamo : cinquante nuances de prisonniers fascinés

Nicolas Gary - 30.07.2013

Edition - International - Guantanamo - prisonniers - fifty shades of grey


Une délégation des membres du Congrès américain vient d'être autorisée à effectuer une visite dans la sinistre prison de Guantanamo, qu'Obama avait promis de fermer, avant même son premier mandat. Toujours ouverte, on peut croire que ce dernier a perdu le post-it sur lequel il avait noté l'idée. Reste que le républicain Jim Moran, revenant de cette visite, s'est particulièrement étonné des lectures que les prisonniers peuvent avoir.

 

 

 Close Guantanamo

mike.benedetti CC BY 2.0

 

 

« Plus que le Coran, le livre qui est demandé par la plupart [des détenus de haut niveau], c'est Fifity Shades of Grey. Ils ont lu toute la série en anglais, alors que nous étions prêts à le faire traduire. Je suppose que cela ne va pas au-delà : ces gens ne vont nulle part, c'est l'enfer pour eux », précise le parlementaire au Huffington Post 

 

La dernière visite de Moran à Guantanamo, c'était en 2006. Et depuis, il lui semble que la structure s'est tout de même mieux organisée - au moins pour faciliter la réalisation de ce voyage. Voilà sept ans, toutes les questions avaient été anticipées, préparées, et l'ensemble de la visite ressemblait à un trajet préparé à l'avance. Reste qu'aujourd'hui, l'administration Obama devrait faire plus, et plus vite, pour que ferme ce centre pénitentiaire. 

 

« La Maison Blanche pourrait le faire tout de suite, si elle le souhaitait, si elle décidait de le faire. Elle a le pouvoir exécutif qui le lui permet », conclut Moran. Certes, certaines restrictions légales, comme le Congrès, ralentissent la démarche présidentielle. Mais pour lui, c'est le contexte politique actuel qui est coupable de ce que la prison est toujours ouverte. 

 

On compte encore 165 détenus dans Guantanamo, avec dernièrement l'autorisation transmise par le Ministère de la Défense d'autoriser deux ressortissants algériens à être renvoyés dans leur pays. 

 

Quant au fait qu'une série de romans érotiques soit le livre le plus populaire auprès des prisonniers, on le comprendra assez aisément. Ces derniers n'ont pas le droit à la littérature pornographique, littéralement interdite de séjour dans l'enceinte. Les histoires de cul entre Anastasia Steele et Christian Grey, pourtant remarquablement explicites, devraient avoir mis la puce à l'oreille des gardiens...

 

Ce qu'il est intéressant de noter, c'est qu'en 2010, c'est Harry Potter qui trustait le haut des étagères, toute la collection étant arrivée traduite en arabe. Un ressortissant libyen, Abdul al-Ghizzawi, s'était alors passionné pour la relation entre les prisonniers d'Azkaban et la sienne. Voire entre Bush et Voldemort.

 

Rien dans les livres ne contenait quoi que ce soit, qui serait trop violent ou avec des passages trop érotiques. Probablement la raison pour laquelle Twilight avait également eu droit de cité. Les oeuvres de Tolkien recevaient aussi un bel accueil, mais les détenus boudaient clairement celles d'Obama. Il était d'ailleurs possible de trouver des exemplaires d'Harry Potter ou de Twilight en 5 langues (anglais bien sûr, mais aussi français, russe, arabe et persan).

 

Les pompiers ne craignent rien, les prisonniers sont déjà habitués à porter des menottes...