Guantanamo : un témoignage inédit du prisonnier 760

Clément Solym - 21.01.2015

Edition - International - Guantanamo prison - écrire livre - témoignage prisonnier


Mohamedou Ould Slahi a déjà passé plusieurs années à l'intérieur de la prison Guantanamo. Et il y est toujours. Sauf que deux éditeurs, Canongate et Little, Brown, ont choisi de publier son témoignage. Les autorités américaines ne sont pas particulièrement enthousiastes : depuis le début de son incarcération, le prisonnier clame qu'il est victime d'une erreur judiciaire.

 

 

 

Il s'agit bien du premier ouvrage qui sera publié par un prisonnier de Guantanamo Bay. Le prisonnier numéro 760 livrera les détails de son existence après 13 années de détention dans Guantanamo Diary. Sa rédaction a débuté en 2005, lorsque les autorités pénitentiaires ont autorisé le prisonnier à se servir de papier et de stylo. 

 

L'histoire de Slahi est intrinsèquement liée aux attentats du 11 septembre 2001 : il avait été arrêté en Mauritanie, son pays natal, près de 18 jours après les événements. Un voyage qui le fera transiter de la Jordanie vers l'Afghanistan, dans des sites protégés – où les Américains sont soupçonnés de pratiquer la torture. Le tout avant d'atterrir dans la prison américaine. 

 

Son manuscrit a été déclassifié, après six années de procédure juridique, menée par Nancy Hollander, son avocate. Le Guardian publie l'intégralité du document, et l'on peut y lire les séances de torture, le nettoyage des toilettes avec son habit de prisonnier, et les violences dans l'eau glacée, pour prévenir de l'apparition d'ecchymoses. Ce n'est pas tout : privation de sommeil, agressions sexuelles, exposition à des températures extrêmes... 

 

Et toujours avec le rappel des gardiens, qui lui crachent au visage son appartenance à Al-Qaida, sa religion, etc. De quoi lui arracher de faux aveux, simplement pour mettre un terme à ses douleurs. Or, même si le manuscrit a été déclassifié, il a fait l'objet de 2500 suppressions avant d'être diffusé auprès du public. 

 

Le livre est publié simultanément dans une vingtaine de pays, et devient un véritable manifeste de la réalité carcérale. Les éditeurs espèrent sincèrement qu'à la sortie de prison, ils seront en mesure de diffuser une version non censurée. 

 

L'American Civil Liberties Union a lancé une pétition pour appeler à sa libération, soutenant l'innocence de Slahi, « que les États-Unis ont brutalement torturé et incarcéré illégalement depuis plus d'une décennie. Il ne présente pas une menace pour le pays, et n'a jamais pris part à des violences contre ce dernier. Nous demandons au gouvernement de mettre un terme à ces longues années d'épreuve ». 

 

Pour l'heure, l'homme a 44 ans, et ne voit pas encore arriver la fin de sa peine. La publication du livre, souhaite-t-on, pourrait aider. Le fait que l'administration Bush ait autorisé, sinon couvert, la torture dans la prison n'est plus un secret : depuis 2010, un rapport a clairement établi ce point. Il ne tient qu'à Barack Obama d'intervenir. Ça tombe bien, les élections présidentielles américaines ont débuté...