Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Guerre et prix en Suisse, autour de la vente des livres

Clément Solym - 09.02.2012

Edition - Justice - Suisse - prix unique - livre


Le referendum qui doit se tenir en Suisse, concernant la mise en place d'un prix unique du livre fait rage, et d'ici au 11 mars, c'est une guerre civile, à la suisse, qui risque de se déclencher. Les partisans et les opposants s'en donnent à coeur joie, et la presse n'a plus qu'à compter les points... 

 

Franziska Troesch-Schnyder, président de l'association alémanique des consommateurs, vient ainsi de faire savoir que ce projet de loi n'aurait aucun avantage, que ce soit pour les auteurs, les libraires ni même les consommateurs. D'abord, parce que le prix des livres ne baissera probablement pas - et que même s'il baissait, les recettes des éditeurs ne serviraient pas vraiment à une meilleure promotion. Un élément que néglige la législation en effet.

 

Par ailleurs, les librairies ne profiteront pas non plus de cette situation nouvelle, ou plutôt, seules les grosses enseignes pourront en jouir. Sachant que, suivant l'exemple allemand, 2500 établissements ont plié boutique, sur les 6300, depuis 2005, et que la législation n'a pas changé la donne. Même constat, côté français, où selon ele 1000 librairies fermeront d'ici cinq ans. 

 

Changer les habitudes ? C'est pas dans la loi

 

Mais si ces arguments ne se suffisaient pas à eux-mêmes, le vice-président des Jeunes libéraux-radicaux, Philippe Natermod, considère que la loi ne changera surtout pas... les habitudes de consommation. Car les clients ont pris pour habitude d'aller acheter en grande surface, et de signaler qu'entre 1994 et 2007, les librairies indépendantes françaises ont perdu un tiers de leurs parts de marché, de ce fait. Or, la loi va agir sur l'aspect financier, mais n'aura pas d'incidence sur les mentalités. 

 

 

 

Et puis, il reste, comme les cigarettes sont achetées en Belgique par les frontaliers français, la possibilité que les clients passent la frontière pour acheter leurs ouvrages en contrebande en France... Sans parler du commerce en ligne et des possibilités d'acheter par le net des livres, qui pourraient être moins chers dès lors que l'on allume son ordinateur. Pour les éditeurs favorables à la loi, cette solution est un non-sens, mais la Confédération n'est pas du même avis. La solution se trouvera probablement devant un tribunal, mais là encore, difficile de lire dans le futur. 

 

Vient enfin un élément qui n'avait pas encore été envisagé : attendu que le livre numérique ne dispose pas d'un prix unique dans le pays, les uns et les autres redoutent que la législation n'entraîne soudainement une passion pour la lecture numérique. Puisque les ebooks seront commercialisés sans fixation de prix par l'éditeur, pourquoi s'échiner à acheter du papier dont on ne sait pas vraiment s'il sera moins cher qu'à l'heure actuelle ? 

 

Une situation délirante, à l'inverse des États-Unis ou de l'Angleterre, chez qui les éditeurs ont adopté le contrat de mandat, qui fixe un prix de vente pour les ebooks, alors que le papier n'en possède pas. Et génère alors une situation inextricable, où l'on peut trouver des ouvrages papier neufs moins cher que les versions numériques.