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Guide d'intégration en Belgique : “Papa jette une bombe et va en prison“

Nicolas Gary - 13.05.2017

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Cela commence comme une plaisanterie belge, pour aboutir à un certain malaise. Dans le cadre du soutien apporté aux migrants, un manuel propose d’aider à l’apprentissage du français. Mais à l’intérieur, des phrases plutôt étranges, voire malvenues se sont glissées. Difficile à tolérer, remarque une enseignante bénévole de la Croix rouge, traductrice de métier. 

 

Alcatraz Prison
Alexander C. Kafka, CC BY ND 2.0


 

« Au début je n’osais pas lui traduire, parce que je trouvais que c’était très grave et j’avais honte que la Belgique propose un tel matériel », explique, Catherine Lemaire, l’enseignante qui a découvert, avec Raad son élève, les phrases indélicates.

 

Ce n’est pas tant « J’avale une tartine au saumon avec du citron », qui était susceptible de choquer, mais celles qui suivent : « Papa jette une bombe et va en prison » ou encore « papa ronfle et va en prison », avant de lire « J’avale une tartine en prison », laquelle tartine risque de ne certainement pas être au saumon…

 

Le manuel, proposé par l’école Erasme située à Anderlecht (banlieue de Bruxelles), n’a pas manqué de faire réagir, dès lors que sur les réseaux, l’information s’est dispersée. Cet établissement est pourtant spécialisé dans les formations linguistiques, entre autres. 

 

Sur Facebook, Catherine Lemaire ne décolère pas : « C’est proprement inadmissible. Est-on vraiment conscient qu’il s’agit de matériel didactique proposé par un pays d’accueil en vue de l’insertion ??!!! » D’autant, manifestement, qu’au sein de l’établissement Erasme, un enseignant aurait au moins été au courant de ce manuel, et de ces phrases, les ayant découvertes lors d’un cours donné… en prison. Ouch.

 


Le directeur, sollicité, évoque pour sa part une maladresse, garantissant qu’à compter de septembre, le manuel serait remplacé. D’ici là, les réfugiés devront vivre avec cette image véhiculée… Et d’assurer : « Notre école, c’est Babel. Dans nos classes, on a dix nationalités et trois ou quatre langues qui se côtoient. (...) On connaît l’importance de travailler le vivre ensemble : c’est notre ADN. » 
 

Raad, réfugié irakien auquel la traductrice donne des cours, était dépité de découvrir le sens de ces phrases. « Quand on m’a traduit la phrase, j’ai été surpris. Et ces mots, je ne les ai pas appréciés parce qu’on a beaucoup souffert en Irak. » Et Catherine Leamire de renchérir : « Au pire on prend les réfugiés pour des terroristes, au mieux pour des imbéciles, dont on abuse de la crédulité. “Qu’on ne vienne pas me dire qu’il n’existe pas d’autres mots pour apprendre le son ‘on’ que prison et bombe”. »

 

La ministre de l’Enseignement, Isabelle Simonis, a assuré qu’une mission d’inspection serait prochainement diligentée.