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Günter Grass félicité par l'Iran, interdit de séjour en Israël

Clément Solym - 10.04.2012

Edition - International - Günter Grass - Israël - poème


La semaine dernière, un poème de Günter Grass publié dans différents journaux européens entretenait une polémique sans cesse grandissante. Aujourd'hui, Israël déclare que l'auteur est persona non grata sur son territoire (voir notre actualitté), tandis que l'Iran le félicite de son côté.

 

Tandis que de nombreuses voix s'élèvent contre ce poème, la lettre du vice-ministre iranien de la Culture Javad Shamaqdari remercie l'auteur.

 

 

Éloge épistolaire

 

Le vice-ministre de la Culture Javad Shamaqdari a ainsi adressé une lettre à « l'écrivain distingué Günter Grass », où il déclare : « J'ai lu votre poème d'avertissement, qui manifeste magnifiquement votre humanité et votre sens des responsabilités. (...) Le fait de dire la vérité ne peut manquer de réveiller la conscience occidentale endormie et silencieuse. Les écrivains, avec leur seule plume, peuvent mieux que les armées empêcher les tragédies ».

 

Sur les dangers de "Ce qui doit être dit"

 

Le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle estime pour sa part que « minorer les dangers du programme nucléaire iranien revient à nier la gravité de la situation ».

 

Après la publication du poème, et au vu des révélations de Günter Grass sur son passé (son enrôlement dans la Waffen-SS à l'âge de 17 ans, notamment), les accusations d'antisémitisme ont été particulièrement nombreuses. À ce sujet, Tom Segev, historien israélien, estime que « Günter Grass est plus plus pathétique qu'antisémite ».

 

Le journaliste Shai Golden, travaillant pour le quotidien israélien Maariv, y voit une situation moralement plus complexe. Son poème n'attesterait pas d'un antisémitisme, « mais de son refus d'assumer sa responsabilité pour ses crimes historiques ». « Je suis d'accord avec presque tout ce qu'il a dit. Mais il n'a tout simplement pas le droit moral et historique de le dire », dit-il, évoquant une « trahison du principe de l'expiation auquel chaque Allemand doit s'engager pour toujours en parlant d'Israël et des juifs ».

 

Israël a donc déclaré que l'auteur n'était plus le bienvenu. Le ministre de l'Intérieur Eli Yishai dénonce ainsi la tentative de Günter Grass de « nourrir les flammes de la haine envers l'État d'Israël et son peuple et ainsi de soutenir l'idée à laquelle il s'est publiquement affilié par le passé en endossant l'uniforme SS ». Le communiqué précise : « Si Günter veut continuer à diffuser son travail tordu et menteur, je suggère qu'il le fasse d'Iran, où il trouvera un public qui le soutient ».

 

Traduire le poème en français

 

En France, la polémique a lentement fait son chemin, mais sans avoir accès, dans les premiers temps du moins, à une traduction complète du poème en français.

 

Le texte qui a mis le feu à la poudre était donc disponible dans un premier temps en anglais, en allemand et en italien (dans les journaux où il fut publié). Mais comme le fait justement remarquer Laurent Margantin, aucune traduction du poème en français ne circulait sur le web... Et pour cause. Les éditions du Seuil, explique-t-il, qui détiennent les droits de traduction en français sur les oeuvres de Günter Grass, auraient demandé que soit retirée une traduction non autorisée de ce poème sur le site d'Arte. Aujourd'hui, le site redirige le lecteur vers une traduction d'Olivier Mannoni, approuvée par le Seuil, sur Le Monde.