Hachette absent des Rencontres de la librairie : “Je ne les attendais pas”

Antoine Oury - 30.06.2019

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RNL19 — L'absence du groupe Hachette aux Rencontres nationales de la librairie vient illustrer la tension actuelle entre la distribution, la diffusion et les libraires : suite à une tribune cosignée par le président et la vice-présidente du Syndicat de la librairie française, le PDG Arnaud Nourry a indiqué que les salariés du groupe seraient absents. Une décision qui laisse les libraires indifférents, au mieux : les pratiques commerciales de Hachette ont laissé des marques.

Hachette Livre - Frankfurt Buchmesse 2015
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Un incident diplomatique : la tribune publiée à l'origine dans Le Monde, qu'il est possible de lire ici, évoquait les conditions de plus en plus difficiles dans lesquelles les libraires français exercent leur métier, et un soutien jugé trop timide du reste de la chaine, notamment les éditeurs. « Si la situation de nombreux éditeurs indépendants n’est guère plus enviable que celle des libraires, il en va différemment des grands groupes qui commandent l’essentiel du marché. Les économies d’échelle qu’ils ont réalisées suite aux concentrations dans l’édition et dans la distribution, la baisse de leurs coûts de fabrication et de stockage leur ont permis de consolider leurs marges financières », indiquait la tribune.

« Hachette livre, numéro 1 de l’édition en France [...], a, malgré sa rentabilité enviable, les conditions commerciales les moins avantageuses, particulièrement pour les plus petites librairies », poursuivait le texte qui a mis le feu aux poudres. Lors de l'ouverture des RNL, Maya Flandin, vice-présidente du SLF et cosignataire de la tribune, a tenu bon malgré le boycott de Hachette : « Après des années de discussions [avec Hachette], aucune mesure n’a été proposée pour améliorer la marge des petites librairies. »

À l'ouverture des Rencontres, ce dimanche 30 juin à Marseille, les libraires se montrent incrédules face au choix d'Arnaud Nourry, PDG de Hachette Livre : « Ne pas venir était sans doute la pire décision à prendre, car cela révèle aussi qu'il n'y a pas beaucoup d'arguments pour répondre à la tribune. Et la présence de Hachette aurait été l'occasion d'un débat, justement », commente un participant.

Des conditions commerciales frustrantes

Si, du côté du Syndicat national de l'édition, le fait de citer uniquement Hachette dans la tribune a été jugé comme extrêmement dommageable — évoquer l'ensemble du secteur de la distribution aurait eu plus d'impact —, les libraires présents aux Rencontres ne se privent pas de raconter leurs mésaventures avec « la pieuvre » Hachette.

Le principal point de mécontentement, évoqué plus largement par l'ensemble de la profession à l'encontre des éditeurs, porte sur les remises accordées aux libraires sur les prix des livres. « En tant que librairie différente, nous avons 33 % de remise accordés par Hachette. Nous travaillons bien avec eux, nous essayons de faire évoluer ce taux depuis des années, mais ça bloque en haut », déplore Fabrice Domingo, libraire chez Terra Nova, à Toulouse.

À l'heure où le Syndicat de la librairie française tente d'instaurer un minimum de 36 % de taux de remise, la mauvaise volonté affichée du groupe rend les manières du PDG risibles aux yeux de beaucoup : « En tant que librairie de premier niveau, je crois qu'il est permis d'espérer 31 % », explique Sarah Philippe, qui projette d'ouvrir bientôt sa propre librairie-café à Cahors. Mais obtenir plus reste extrêmement délicat.

À titre de comparaison, nous explique une librairie du Sud de la France, Actes Sud lui accorde 38 % de remise, « et même 40 % sur les nouveautés », quand Hachette lui propose un taux de 34 %. Et, dans un commerce aussi fragile que la librairie, où les marges sont faibles, 1 % fait à lui seul la différence. Sur les taux de remise, Hachette n'est toutefois pas le seul à tourner les chiffres à son avantage.
 
Une récente reprise de librairie a ainsi valu une sacrée surprise à sa nouvelle propriétaire : le taux de remise des précédents propriétaires sur les ouvrages scolaires publiés par Hachette, de 31,5 %, est passé à 20 % lors de sa première commande, après la reprise. « Ce qui n'est pas normal, car nous conservons la même clientèle. » Une pratique qui serait commune dans le secteur de la distribution, à l'occasion des reprises de librairies.

D'autres libraires ne se privent pas de donner leur avis sur la logistique de la pieuvre, saluant « des délais de livraison très courts, qui permettent un réassort rapide », mais s'interrogeant sur « l'organisation en matière d'ouverture de comptes pour les libraires, où une seule personne s'occupe de l'ensemble des demandes ».

Autrement dit, il y avait sans aucun doute matière à débat... 


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