Hachette : le recul des ventes numériques lié aux nouveaux contrats avec Amazon

Clément Solym - 11.02.2016

Edition - Economie - groupe Lagardère - Hachette Amazon ebooks - résultats financiers


Avec un quatrième trimestre qui enregistre une forte croissance, le chiffre d’affaires de Lagardère Publishing s’inscrit dans la dynamique générale du groupe Lagardère. Les résultats financiers présentés pour 2015 montrent également que l’exercice est dans le vert, notamment grâce à une « belle fin d’année ». 

 

Arnaud Nourry, PDG de Hachette Livre - Frankfurt Buchmesse 2015

Arnaud Nourry, PDG du groupe Hachette - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Pour le 4e trimestre, le CA s’établit à 2,043 milliards €, soit + 7,4 % en données brutes (+ 3,5 % à données comparables). Dans le domaine Publishing, le CA affiche + 9,2 % de progression, avec « la bonne performance en France de l’Illustré avec Astérix ». La littérature générale est également à la fête grâce à de multiples prix. « Les États-Unis, les Fascicules et l’Espagne sont également en croissance », poursuit le groupe.

 

Avec 631 millions € de chiffre d’affaires, contre 537 millions € pour le T4 de 2014, le groupe a publié plusieurs best-sellers, « notamment D’après une histoire vraie, de Delphine de Vigan et La Cache, de Christophe Boltanski ». En tout huit grands prix littéraires ont été décernés à des ouvrages publiés dans les filiales. 

 

Aux USA, l’activité grimpe également, avec + 15,2 %, du fait de plusieurs parutions efficaces. En revanche le Royaume-Uni recule de 6,7 %, du fait de la baisse des ventes du livre numérique. Le passage d’un taux de TVA de 3 % à 20 % au 1er janvier serait en cause. 

 

« La zone Espagne/Amérique latine affiche une excellente performance (+ 19,0 %), grâce, notamment, au succès d’Astérix. Les Fascicules enregistrent une tendance très positive (+ 11,6 %), portée par la dynamique commerciale des lancements de nouveaux fascicules au cours des trimestres précédents. »

 

Le livre numérique est globalement en recul, et représente 7,5 % des ventes de livre pour le T4 2015.

 

Plus globalement, l’année 2015 affiche 2,206 milliards € de CA dans le secteur éditorial, soit + 10,1 % en données brutes et + 1,7 % à données comparables. Et le groupe de saluer « l’excellente performance de la France en illustré et en Littérature générale ». Ainsi, le CA de la France est en hausse de 5,5 %.

 

Les USA restent stables, à la baisse, malgré tout, de 0,3 %. « L’élément marquant de l’exercice a été un rééquilibrage du marché du livre imprimé au détriment du livre numérique : la hausse des ventes de livres physiques a ainsi quasiment compensé la baisse des ventes numériques. » 

 

Au Royaume-Uni, la baisse est plus importante, 3,3 %, du fait du recul des ventes d’ebooks.

 

Le livre numérique, c'est (la faute d') Amazon

 

Ainsi, c’est ce fameux livre numérique qui serait en cause, dans l’ensemble des résultats anglo-saxons. Logique, compréhensible : le groupe Lagardère estime que les tendances « se sont inversées », avec d’un côté le retour des ventes de livres imprimés « au détriment des ebooks, en raison notamment de l’entrée en vigueur des nouvelles conditions contractuelles avec Amazon ». 

 

Aux États-Unis, le chiffre d’affaires numérique de Lagardère Publishing représente désormais 22 % des ventes Trade, contre 26 % en 2014. 

Au Royaume-Uni, le chiffre d’affaires numérique de Lagardère Publishing représente 26 % des ventes Adult Trade, contre 31 % en 2014. 

Au total en 2015, l’e-book a représenté 9,0 % du chiffre d’affaires de la branche (contre 10,3 % en 2014).

 

En mesurant ces éléments à l’aune des résultats présentés par l’Association of American Publishers, on comprendra mieux quelles sont les ventes de livres imprimés qui ont augmenté. L’AAP avait en effet pointé que, sur les 9 premiers mois de 2015, les ventes de livres de poche avaient augmenté de 13,3 %. Avec la hausse du prix des ebooks, suite aux renégociations des contrats avec les détaillants, les clients se sont tournés vers le livre de poche, moins onéreux. 

 

De même, le groupe Lagardère confirme, à demi-mot, ce que tous les analystes pressentaient depuis longtemps. Si les ventes de livres numériques ont diminué, c’est bel et bien parce que leur prix a augmenté. L’AAP, encore elle, affirmait à raison que les ventes d’ebooks avaient diminué de 10 % au cours des 5 premiers mois, et affichaient 11 % de perte dans les 9 premiers mois. 

 

Sauf que, dans ces données, personne ne peut prendre en compte les ventes d’ebooks autopubliés. Or, si pour un groupe tel que Hachette, les négociations opérées avec Amazon et la réévaluation des prix de vente ont eu un pareil impact, deux conclusions s’imposent. Tout d’abord, les ventes d’ebooks autoédités ne peuvent définitivement plus être écartées des résultats commerciaux de l’industrie. Mais surtout, voilà qui définit clairement la puissance d’Amazon dans la vente d’ebooks...