Hachette Livre : bons résultats financiers pour la France

Clément Solym - 12.05.2015

Edition - Economie - résultats financiers - Hachette livre - Amazon vente ebooks


La publication des résultats du groupe Lagardère, pour le premier trimestre 2015, donne l'occasion de réjouissances. Le groupe enregistre une croissance « soutenue » de son chiffre d'affaires pour la période, à + 6 % en données comparables, soit 1,572 milliard €. Et pour la partie Publishing, c'est également la fête, avec + 2,2 % en données comparables, à 421 millions €.

 

 

Immeuble groupe Hachette Livre

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Mais les chiffres révèlent d'autres chiffres : en effet, si la France a connu une progression de 10,4 %, et « des succès dans toutes les maisons », la littérature générale n'est pas seule à pousser l'ensemble. La distribution et l'illustré ont également réalisé « un bon début d'année ».

 

En revanche, côté anglo-saxon, les données sont moins plaisantes. Aux États-Unis, un - 12,3 % qui s'explique par un moins grand nombre de nouveautés sur la période, mais également « un recul des ventes de livres numériques ». Sur ce point, deux éléments interviennent : le trimestre 1 de 2014 jouissait encore d'un « très fort niveau d'activité avec Amazon ». Chose que le conflit entre les deux sociétés a mise à mal. 

 

L'accord finalement trouvé en novembre 2014 a également rétabli un modèle de contrat d'agence, cette fois présenté par les éditeurs (et non plus suivant des modalités proposées par Apple). Or, la fin des rabais pratiqués sur les ebooks depuis cette fixation du prix par l'éditeur occasionne des baisses en volumes. Ce qui donnerait presque des arguments à Amazon, qui supplie les éditeurs de proposer des tarifs bas, pour qu'ils soient attractifs aux yeux des lecteurs. 

 

Pour mémoire, en juillet 2014, au coeur du conflit, voici les petits exercices d'arithmétique auxquels proposait de se livrer Amazon : 

Que ce soit 14,99 $ ou 19,99 $, ces tarifs sont « excessivement élevés pour un ebook », insiste Amazon. Et d'énumérer les différents frais qui disparaissent avec le numérique : impression, stockage, déplacement des livres, etc. Mais surtout « il n'existe pas de marché d'occasion - les ebooks ne peuvent pas être revendus comme des livres d'occasion ». Pas encore, nous glisse-t-on à l'oreille. Il faut se souvenir qu'Amazon dispose d'un brevet pour assurer la vente d'ebooks de seconde main... 

Mais revenons à l'exercice de calcul mental : « Pour chaque exemplaire d'ebook que l'on vendrait à 14,99 $, il se vendrait 1,74 exemplaire s'il était au prix de 9,99 $ », attaque Amazon. Dès lors, 100.000 titres vendus à 14,99 $ deviendraient 174.000 exemplaires à 9,99 $. « Le total des revenus de 14,99 $ serait de 1,499 million $. Le total des revenus pour 9,99 $ est de 1,738 million $. »

Mais revenons-en aux résultats financiers. Le Royaume-Uni vit une situation peu ou prou similaire : moins de nouveautés, baisse des ventes d'ebooks. Mais plus spécifiquement, c'est le manque de best-sellers et une TVA défavorable qui serait en cause. En effet, la modification intervenue au 1er janvier dans les échanges commerciaux en Europe a provoqué une hausse du prix de vente des ebooks. 

 

Auparavant, la TVA facturée était celle du pays où se trouvait le siège social du vendeur – un sacré avantage pour Amazon, qui disposait d'un joli 3 %. Désormais, c'est la TVA du pays du client qui s'applique : 20 % pour le Royaume-Uni. Il semble toutefois que la variable ait été encaissée par le groupe sur le territoire britannique, les prix n'ayant pas vraiment reflété cette hausse du tarif public TTC. 

 

Le groupe fournit d'autres données :  

La variation du chiffre d'affaires de la zone Espagne/Amérique latine (- 5,6 %) s'explique notamment par la non-reconduction d'opérations ponctuelles réalisées au 1er trimestre 2014. La baisse du chiffre d'affaires des Fascicules (- 8,5 %) s'explique par un environnement difficile en Russie et par un effet de comparaison négatif avec un 1er trimestre 2014 qui avait été très fort (+ 11 % par rapport au 1er trimestre 2013), bénéficiant des nombreux lancements qui étaient intervenus fin 2013.  

En revanche, un focus plus précis sur le livre numérique permet de mieux mesurer l'impact de ces ventes. Si seuls les pays anglo-saxons, et la littérature générale, profitent de la transition numérique, les ventes pèsent pour 40 % du CA de la branche. Pour la période du T1 2015, 12,2 % des ventes totales de Largardère Publishing sont numériques, contre 13,4 % en 2014. Une diminution qui ne refléterait pas un désintérêt du public, mais plutôt des aspects conjoncturels, détaillés plus haut. 

 

Et plus précisément : 

Aux États-Unis, où le marché du numérique est en contraction, le chiffre d'affaires e-book représente 28 % du chiffre d'affaires total de la branche au 1er trimestre 2015, contre 34 % au 1er trimestre 2014. 

Au Royaume-Uni, où le marché semble être en stabilisation, le chiffre d'affaires numérique s'établit à 26 % du chiffre d'affaires total contre 28 % au 1er trimestre 2014. Par rapport au chiffre d'affaires Adult Trade, l'e-book représente 36 % au 1er trimestre 2015, contre 40 % au 1er trimestre 2014.