Hadopi à la rescousse de Camus, séquestré au Québec

Clément Solym - 04.02.2011

Edition - Société - hadopi - bibliothèque - camus


La bibliothèque réalisée par Jean-Marie Tremblay, Les Classiques des sciences sociales, avait frappé fort, avec la mise en ligne de la quasi-totalité des oeuvres numérisées de Camus. C'est que, au Québec, ses livres sont du domaine public...

50 ans après la mort de l'auteur, les ouvrages tombent en effet dans le domaine public, au Québec. Contre 70 ans, en France. Ergo, Camus pouvait être proposé au public canadien, sans aucun risque. Aucun ? Et pourtant... Diablerie de machine, la loi Hadopi aura fait trembler l'homme, qui a décidé de mettre en place un filtre pour empêcher les internautes français de télécharger lesdits ouvrages. (notre actualitté)

N'oublions pas : le Syndicat national de l'édition veille au grain et souhaite prochainement prendre part à la grande folie Hadopi, en sollicitant un prestataire technique qui effectuera la surveillance du net. (notre actualitté) Nous devrions sous peu obtenir des informations concrètes sur le coût réel de ce type de surveillance par ailleurs...


Cependant, quid de notre passion de numérisation ? Contact par ActuaLitté, les éditions Gallimard nous assurent « surveiller de près cette bibliothèque et lui avoir déjà exprimé notre mécontentement pour cette mise en ligne. Par ailleurs, nous sommes en train de vérifier l'ensemble des fichiers contenus pour nous assurer que les règles de territorialités fixées sont bien respectées. Mais cela pourrait ne pas l'être pour tous les auteurs ».

Aïe... Et Jean-Marie Tremblay d'assurer qu'un journaliste de Libération l'a contacté pour lui recommander de se méfier... de Hadopi, qui pourrait lui tomber sur le dos. (Via L'Express) Hadopi ? Mais de quoi s'agit-il ?

L'avocate de Gallimard avait pris contact avec Jean-Marie Tremblay. Elle « m'a assuré que la maison respectait la législation sur le droit d'auteur du Canada. Cependant, il m'a tout de même fallu retirer Les Cahiers Albert Camus, qui sont des oeuvres publiées bien après sa mort, en 1960. À ce titre, les textes ne seront disponibles que 50 ans après leur parution, comme le souligne la loi ». Voilà donc la seule inquiétude que notre bibliothécaire pouvait avoir. (notre actualitté)

Car pour le reste, agissant en conformité avec le droit canadien, comment Hadopi aurait pu venir entraver son travail ?

Que cet artisan, qui numérise à la main des textes entiers, soit inquiété par l'Hadopi, brandie comme le père Fouettard, voilà qui a de quoi sidérer. Après tout, c'est une fois de plus le moyen de taxer les internautes de voleurs, et de les considérer comme coupables potentiellement de téléchargements illégaux.

Avant même qu'ils n'aient envisagé de télécharger quoi que ce soit.