Hadopi : la surveillance de livres, futur gouffre de l'édition

Clément Solym - 15.01.2011

Edition - Justice - hadopi - surveillance - ebooks


C'est officiel, le Syndicat National de l'Édition va se lancer dans la course Hadopi, et va prochainement saisir la CNIL. Antoine Gallimard nous l'avait expliqué : il s'agit « d'un acte de civilisation de l'Internet ». En avant donc pour la grande pédagogie...

Dans le numéro 27 de Éditions Multimedi@, on apprend en effet de Christine de Mazières, la déléguée générale du SNE, que ce dernier compte entrer dans la ronde. « Le SNE envisage de rejoindre l’Hadopi, mais n’a pas encore fait de demande d’autorisation auprès de la Cnil. Nous allons d’abord auditionner les prestataires techniques possibles à partir de la mi-janvier. Ensuite seulement, cette demande d’autorisation pourra le cas échéant être déposée. »

 

 


C'est officiel, l'industrie du livre va elle aussi jouer des coudes pour collecter des adresses IP, lui permettant de signaler les pirates.

Citant le cas Houellebecq - pour lequel Flammarion a décidé d'attaquer en contrefaçon - dont le livre, La carte et le territoire, avait été proposé gratuitement au téléchargement, nos confrères signalent qu'à l'heure actuelle, impossible de saisir Hadopi pour l'éditeur, en passant par le SNE.

Cette année, les ventes de livres numériques devraient, en France, se monter à 3 %. Impératif donc de prendre les mesures qui s'imposent pour ne pas laisser les pirates en paix.

Gainsbourg brûla bien un billet de 500 F

Chose intéressante, soulignait Tic et Net, à quel prestataire le livre fera-t-il appel pour sa défense et la surveillance des réseaux P2P, les seuls pris en compte dans l'Hadopi ? Probablement la société nantaise Trident Media Guard, sorte d'Attributor, en version française, dont le coût est lourd pour des industries comme celle du jeu vidéo.

Jean-Claude Larue, délégué général du Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (ou Sell), l'équivalent de Mme de Mazières au SNE, donc, soulignait en juin dernier, que le recours à TMG était loin d'être gratuit : « Pour surveiller 100 titres et collecter 25 000 adresses par jour, la facture s’élève à 35 000 euros par mois, soit 420 000 euros par an. C’est beaucoup et on veut être certain que l’Hadopi traitera ensuite toutes les demandes. »

Or, le SNE « vient de lancer le processus de sélection d’une technologie de surveillance des livres numériques sur Internet et prépare son dossier de lutte contre le piratage ».

Question : combien de titres seront surveillés par la société TMG, si elle est choisie par le SNE, et surtout, à quel coût ? Corollaire : les éditeurs membres ont-ils conscience du montant qui leur sera facturé pour découvrir un ou deux titres, dans un marché qui n'est absolument pas développé ?

Inutile et coûteuse chasse

La conclusion de Numerama ne pouvait pas tomber plus juste : « Si le monde de l'édition voulait creuser sa tombe sur Internet, il ne trouverait moyen plus efficace que de se jeter ainsi dans les bras de l'Hadopi. »

D'autant plus que selon des professionnels, il n'existe aujourd'hui aucune donnée sérieuse permettant de mesurer l'impact du piratage sur le livre.

Plutôt que de consacrer ses finances à une traque d'autant plus vaine qu'elle omet les réseaux comme Rapidshare, les éditeurs auraient probablement tout intérêt à forger définitivement cette offre légale attractive, préconisée depuis le rapport Patino, en juin 2008...