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Haineux, racistes, violents : 130 livres retirés des bibliothèques à Singapour

Laurène Bertelle - 13.06.2017

Edition - International - singapour bibliothèque - bibliothèque contrôle - bibliothèque censure


À Singapour, le National Library Board a décidé de suspendre les prêts en bibliothèques de 130 titres, dont 8 issus d’une collection portant sur la religion, l’archéologie et la civilisation dont le contenu était jugé antisémite, discriminatoire et violent. Une polémique qui vient remettre en question le contrôle des catalogues en bibliothèque. 


National Library Board
National Library Board, Singapour (Choo Yut Shing, CC BY-NC-SA 2.0)



Le National Library Board qui gère les bibliothèques publiques de Singapour a décidé de retirer de ses étagères 130 titres d'un éditeur malaisien après qu'une de ses collections a provoqué une polémique.

 

Cette collection s'intitule « Agama, Tamadum Dan Arkeologi » (« Religion, civilisation et archéologie »), et est composée de 8 titres qui se concentrent chacun sur une religion ou une civilisation. Certains sont accusés de transmettre des opinions antisémites et de glorifier la violence au nom de l'islam. Sur la couverture de l'un d'entre eux, on aperçoit des enfants portant une kippa et des armes en souriant. Le contenu de ces livres n'est pas moins controversé, puisqu'on y lit notamment qu'une des religions considère que « la peste, l'enfer, le poison, le serpent et le feu sont tous mieux que les femmes », explique The New Paper, qui a trouvé ces ouvrages classés dans la section jeunesse d'une des bibliothèques.

 

Suspendus jusqu'à nouvel ordre

 

Dès les premières plaintes, le National Library Board de Singapour a aussitôt suspendu le prêt de ces livres, ainsi que les 130 autres titres de l'éditeur, trouvés dans le catalogue des bibliothèques, jusqu'à ce qu'ils soient tous examinés. « Nous sommes en train de revoir les autres titres de cet éditeur pour nous assurer qu'ils sont bien adaptés à nos lecteurs », explique la direction au journal Straits Times.

 

Le gouvernement a également vivement réagi suite à cette polémique, dénonçant auprès du journal l'accès à de tels livres : « En tant que société multi-culturelle et multi-raciale, nous n'acceptons pas des contenus qui dénigrent quelque groupe racial ou religieux, ou qui promeuvent l’intolérance et la violence. L'harmonie culturelle et raciale dont notre peuple jouit aujourd'hui est le résultat du travail de plusieurs générations. Cela ne doit pas être considéré comme acquis », s'est exprimée Han Liang Yuan, attachée presse du ministère de la Communication et de l'Information.
 

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Le ministère a donc approuvé la décision du NLB de suspendre le prêt des livres, mais lui a également demandé de revoir son procédé d'examen des contenus potentiellement sensibles et clivants.

 

« La NLB fait de son mieux pour que sa collection ne cause aucun outrage, mais nous ne sommes pas capables d'examiner chaque livre en détail avant de les mettre sur nos étagères, s'est quant à lui exprimé le NLB. En ce qui concerne cette série, elle a été sélectionnée à partir du résumé de l'éditeur qui expliquait qu'il s'agissait d'une série de livres factuels retraçant le développement des civilisations et des religions. »

 

C'est le Library Consultative Panel, un jury indépendant qui conseille le NLB sur le contenu des bibliothèques, qui va se charger d'examiner les titres concernés.

 

Ce n'est pas la première fois que le National Library Board suspend des bibliothèques d'autres livres jugés incorrects. En 2014, c'était cependant ladite suspension qui avait causé la polémique, puisqu'il s'agissait de livres abordant le thème de l'homoparentalité.