Harcèlement, insultes : des écrivains s'écharpent sur internet

Nicolas Gary - 12.01.2016

Edition - International - auteurs agression - harcèlement


L’écrivain britannique Stephen Leather, auteur de thriller, est accusé de mener une campagne de diffamation en ligne contre des confrères. La guerre fait rage sur les réseaux, au point que l’éditeur Hachette UK ait dû intervenir. Agressivité, multiplication de faux comptes, logorrhée dénigrante et injurieuse, les écrivains se sentent assez mal.

 

Peter sock puppet

Une sock puppet - Rachel Glaves, CC BY SA 2.0

 

 

Jeremy Duns et Steve Mosby, victimes des attaques directes, accusent ouvertement leur collègue Leather de multiplier ses tentatives de harcèlement. « Je pense que son comportement est non seulement grossier, non professionnel, mais aussi pathétique et vraiment méprisable », assure Duns, cité par l’Independent.

 

Et d’ajouter : « Je ne peux qu’espérer que soit son éditeur, soit quelqu’un d’autre intervienne pour tenter de le convaincre d’arrêter. » Pas vraiment folichon. D’ailleurs, même JK Rowling, également publiée chez Hachette avec les trois autres auteurs, déplore – s'il est confirmé – « ce comportement honteux ».

 

 

Une campagne haineuse menée en ligne, et qui se fait remarquer. Et l’animosité monte en puissance, d’autant plus que Duns travaille depuis la Finlande et que Leather vit en Thaïlande. Et qui remonterait à une rencontre de 2012, où les trois auteurs auraient eu une conversation animée. Notamment parce que Leather affirmait qu’il se spécialisait dans la création de comptes dits sock puppet, pour alimenter sur les forums les discussions autour de ses livres.

 

Duns et Mosby avaient vertement critiqué l’attitude de Leather sur cette manière de faire. Or, la même année, la Society of Authors publiait un communiqué pour alerter ses membres contre la création de ces sock puppets. Certains auteurs avaient pris la fâcheuse habitude de s’en servir pour publier des commentaires sur Amazon. 

 

Dans un très long billet, Jeremy Duns détaille tout ce qu’il considère comme des attaques, dont il tient Leather pour responsable. C’est d’ailleurs lui qui livre les stratégies marketing de Stephen Leather. Le romancier lui expliquait : « Dès que mon livre sort, je suis sur Facebook et Twitter, plusieurs fois par jour pour en parler. Je circule sur plusieurs forums, des espaces bien connus, et après, je poste sous mon nom, et sous différents autres noms, même de personnages. Vous construisez tout un réseau de personnes qui parlent de vos livres et ont parfois des conversations avec vous. »

 

 

 

Pas super éthique, notait Duns, qui retrace tout l’historique des agressions caractérisées dont il a été victime : photos avec commentaires peu sympathiques, et autres punchlines bien senties. Bref, c’est la loi.

 

L'éditeur tente de siffler la fin de la récréation

 

Et voici que l’affaire prend tant d’ampleur que Hachette UK décide de sortir du bois, pour intervenir. Pour le moment Leather s’est simplement fendu d’un laconique : « Je ne vais pas commenter tout ce qu’il raconte », parlant de Duns. Mais un porte-parole de Hachette UK assure que la maison va faire son possible pour régler ce problème. (via The Bookseller)

 

« Nous sommes informés des allégations contre Stephen Leather... Nous condamnons absolument toute forme de harcèlement et d’intimidation, quelles qu’elles soient, et nous proposons de faire tout notre possible pour mettre fin immédiatement à cette désagréable histoire. »

 

Le recours aux sock puppets avait été condamné dans une déclaration signée par une cinquantaine de romanciers. Tout était parti de commentaires laissés sur Amazon, où des auteurs faisaient les critiques de leurs propres livres.

 

« À l’heure actuelle, nous ne connaissons pas l’ampleur de cette pratique. Cependant, nous allons prendre des mesures pour mettre en place un code éthique et examiner quelles autres mesures peuvent être nécessaires, pour nous, en tant que collectif d’auteurs », expliquait la Crime Writer’s Association. 

 

Quelques jours plus tard, Ian Rankin, Val McDermid ou encore Roger McGough signaient ainsi une lettre de bonne conduite « condamnant ce comportement, et s’engageant à ne jamais utiliser de telles pratiques ».

 

« Le problème, avec le scandale de « sock puppet », c’est qu’Amazon s’est rendu compte que des auteurs examinaient leurs propres livres. Ils ont donc tenté de corriger cela en interdisant les auteurs d’examiner des livres d’autres auteurs. C’est juste créer un nouveau problème », estimait Steve Weddle, dont les commentaires avaient été supprimés.