Harper Lee, abusée par ses avocats ou par une journaliste ?

Antoine Oury - 17.07.2014

Edition - Les maisons - Harper Lee - Marja Mills - Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur


Tuer un oiseau moqueur, ou simplement le faire taire ? La journaliste Marja Mills, auteure du livre The Mockingbird Next Door, paru la semaine dernière chez Penguin, avait affirmé que son ouvrage relatait 18 mois d'amitié avec Harper Lee et sa soeur Alice, à Monroeville. L'auteure recluse avait déjà dénoncé le livre en 2011, alors qu'il était en cours d'écriture, et a récidivé en apprenant sa publication.

 

 

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"Harper Lee Medal" by White House photo by Eric Draper - White House photo by Eric Draper via [1]. Licensed under Public domain via Wikimedia Commons.

 

 

Harper Lee, dans une lettre ouverte publiée sur Entertainment Weekly, avait eu des mots très durs à l'égard de Marja Mills et de son ouvrage : « Mme Mills est devenue amie avec ma soeur aînée, Alice. Il n'a pas fallu longtemps pour découvrir le véritable objectif de Marja : un autre livre sur Harper Lee. J'étais blessée, en colère et triste, mais pas étonnée. J'ai immédiatement cessé tout contact avec Mme Mills, et quitté la ville dès qu'elle y faisait la moindre apparition. »

 

L'éditeur Penguin n'a pas hésité à prendre la défense de son auteure, affirmant que la maison était « fière » de publier The Mockingbird Next Door, un livre qui ferait « découvrir les sages et magnifiques soeurs Lee aux lecteurs ». Marja Mills a pour sa part fait une nouvelle profession de foi, également sur Entertainment Weekly : « Je ne peux être que sincère en affirmant que Nelle Harper Lee et Alice F Lee savaient que j'écrivais ce livre et que mon amitié avec elles s'est développé pendant et après mon séjour à Monroeville. »

 

Difficile de soupçonner Harper Lee de connivence avec Marja Mills, avec pour seul objectif de gonfler les ventes. Certes, la promotion de The Mockingbird Next Door est assurée, mais elle sombre dans le pathétique avec la publication d'une lettre de la soeur de Harper Lee, Alice, par Marja Mills. Dans cette missive datée du 12 mai 2011, Alice Lee réagit aux propos de l'auteure, qui venait alors de dénoncer l'entreprise de Mills : d'après elle, les propos ont été rédigés par le cabinet d'avocats, BBL & Carter (Barnett, Bugg, Lee & Carter), et simplement signés par l'auteure.

 

« La pauvre Nelle Harper ne peut pas voir, ni entendre, et signera tout ce qui est glissé devant elle, tant qu'elle connaît la personne. À présent, elle n'a aucun souvenir de cet incident », explique la soeur de Harper Lee. Mills cite également Tom Butts, un bon ami de Harper Lee, qui confirme avoir assisté aux rencontres et échanges entre la journaliste et les deux soeurs.

 

Certes, tout cela apporte de l'eau au moulin des ventes de l'ouvrage, mais réfuter une des rares paroles de Harper Lee n'est pas anodin...