Harper Lee 'blessée et humiliée' qu'on puisse la croire sénile

Antoine Oury - 09.02.2015

Edition - International - Harper Lee nouveau roman - Go Set a Watchman complot - abus de faiblesse Tonja Carter


La publication du futur deuxième best-seller de Harper Lee, Go Set a Watchman, ne pouvait avoir lieu sans une théorie du complot. Il faut dire que l'auteure de To Kill a Mockingbird avait gardé le silence pendant un demi-siècle sur cet ouvrage, écrit avant To Kill, jusqu'à sa « redécouverte » par son avocate Tonja Carter. Depuis, l'éditeur HarperCollins et le cabinet d'avocat de l'auteure multiplient les preuves de bonne foi.

 

 

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Harper Lee reçoit la médaille présidentielle de la liberté, le 5 novembre 2007

Photo d'Eric Draper, domaine public

 

 

Les soupçons ont été soulevés suite à un incident survenu en 2011 : une journaliste avait rencontré Harper Lee et sa sœur Alice pour une série d'entretiens. Au moment de la sortie de son livre, Harper Lee avait manifesté son désaccord via un communiqué de presse.


Alice Lee avait alors envoyé une lettre à la journaliste, expliquant : « Imaginez le choc quand j'ai pris connaissance du communiqué envoyé depuis les bureaux de BBL & Carter. Je n'ai fait aucune déclaration, et je ne comprenais pas l'origine de ce communiqué. Quand j'ai demandé à Tonja, j'ai appris qu'elle avait rédigé ces déclarations sans m'avertir, avant de les apporter à Nelle Harper pour qu'elle les signe. »

 

Elle soulignait que l'auteure de To Kill a Mockingbird pouvait signer un document sans même le lire, dès lors qu'il lui était présenté par une personne de confiance. « La pauvre Nelle Harper ne peut pas voir ni entendre, et signera tout ce qui est glissé devant elle, tant qu'elle connaît la personne. À présent, elle n'a aucun souvenir de cet incident », assurait-elle.

 

Dès lors, la découverte de l'avocate, et le soudain revirement de Lee qui acceptait la publication d'un deuxième ouvrage, étaient sujets aux soupçons. Le New York Times a voulu en avoir le cœur net, et a confronté les uns et les autres. Outre une rapide déclaration de Lee, son avocate Tonja Carter a déclaré que l'auteure était « extrêmement blessée, et humiliée » que l'on ait pu croire à un abus de faiblesse sur sa personne.

 

À Monroeville, dans l'Alabama, ville où réside l'auteure, l'entourage ne cache pas sa surprise. « Elle a toujours dit qu'elle voulait que rien ne soit publié avant sa mort », explique une restauratrice. Son amie depuis les années 1980, Claudia Durst Johnson, souligne auprès du journal qu'elle a été « un peu inquiète par rapport au contrôle qu'elle a pu avoir sur cette publication ». 

 

D'autres personnes interrogées prennent la défense de l'avocate mise en cause : « Tonja a la confiance totale de Nelle [Harper Lee, NdR]. Et je peux certifier en toute confiance que Tonja ne ferait jamais quelque chose qui irait à l'encontre de la volonté de Nelle », assure ainsi Diane McWhorter, journaliste et confidente de l'auteure qui lui a rendu visite à deux reprises l'été dernier.

 

HarperCollins, éditeur américain de l'ouvrage et de To Kill..., a toutefois confirmé que la publication du livre s'était arrangée uniquement avec l'avocate, et non avec l'auteure. Mais, pour dissiper toute crainte quant à la faiblesse de l'auteure, une anecdote circule déjà : lorsque l'avocate a fait part à l'auteure de sa découverte, elle a fait référence au livre comme Go Set the Watchman. Harper Lee l'a immédiatement rectifié : « C'est Go Set a Watchman ».