Harper Lee toujours en procès avec son agent littéraire

Nicolas Gary - 23.07.2013

Edition - Justice - To Kill a Mockingbirg - Harper Lee - droits d'ateur


La guerre qui oppose Harper Lee, auteure de To Kill a Mockingbirg, à son ancien agent littéraire frise la stupidité. Samuel Pinkus, l'agent, est accusé d'avoir trompé la romancière, en lui faisant signer des accords d'exploitation trompeurs. Un procès tragique qui s'organise, tout simplement tragique. Le 3 mai dernier est finalement devenu une date marquée d'une pierre noire...

 

 northern mockingbird EW 2

Paul Sullivan, CC BY-ND 2.0

 

 

Vanity Fair a publié un immense article pour raconter cette aventure pathétique, sollicitant différents acteurs et proches de Harper Lee. Alors qu'un demi-siècle après sa première publication, To Kill A Mockingbird continue de vendre plus de 750.000 exemplaires chaque année. Et sur 2009, les droits perçus sur l'exploitation du livre se chiffrent à 1,6 million $. 

 

Pourtant, Harper Lee a une vie modeste, dans sa ville natale de Monroeville, située dans l'Alabama. On peut la voir, raconte le journaliste, en train de nourrir les canards d'un étang, ou de passer un instant face à une machine à sous, dans le casino. Victime de la vieillesse, elle connaît des problèmes de vision et une perte d'audition. Dernièrement, c'est une hémiplégie qui l'aurait frappée, avec une perte de la mémoire à court terme. En 2007, l'auteure avait subi un accident vasculaire cérébral.

 

C'est dans ce contexte que l'agent lui avait fait signer un nouveau contrat, pour le seul et unique roman qu'elle n'ait jamais écrit. Elle-même « ne se souvenait pas de ces choses, et aurait signé à peu près n'importe quoi qu'on lui ait présenté », explique son ami, Mark Seal. Il raconte comment lui-même s'est retrouvé avec l'agent littéraire, et comment le beau-père de Samuel Pinkus, qui avait accompagné Lee, s'était retrouvé à vendre à son beau-fils sa société, M&O. 

 

Un agent littéraire... double ?

 

C'est à cette époque que le beau-fils, devenu agent littéraire, se serait mis à agir sans aucune forme de scrupule. Tout d'abord en mettant en place Veritas Media, Inc, une nouvelle agence littéraire, qui avait intégré de force Harper Lee. Et percevait donc une partie des droits d'auteur de la romancière. Or, Pinkus est accusé clairement d'avoir ventilé un peu partout les différentes perceptions de droit de Lee, pour faire disparaître les sommes qu'il lui devait. 

 

L'histoire sera portée devant les tribunaux, avec une vieille dame très affaiblie - Lee a 87 ans -, et un agent qui refuse de répondre à la presse. La plainte, déposée le 11 avril dernier, fait état de 5 années de droit d'auteur qui n'ont pas été versées, ainsi que d'autres dommages non spécifiés. 

 

Gloria Phares, avocate de Lee, explique : « Pinkus savait que Harper Lee était une femme âgée, souffrant de handicaps physiques, qui lui rendaient difficile de lire et de voir. » Sachant que l'agent a tout fait pour se mettre dedans, en refusant de fournir une comptabilité régulière des ventes à l'auteure, la plainte actuelle va probablement faire plus mal encore.

 

« Le transfert de la propriété des droits d'un auteur à son agent est incompatible avec le devoir de loyauté que ledit agent doit témoigner », explique la plainte. Elle souligne également qu'en créant la société Philologus Procurator Inc., Pinkus aurait également évité soigneusement de s'acquitter des obligations juridiques envers l'agence McIntosh and Otis, et en aurait détourné la perception des droits. 

 

Depuis 2007, Pinkus aurait engrangé des millions de dollars, sans avoir rien reversé à celle qui serait sa cliente, assumant même, fin 2012, qu'à compter du mois de décembre, il était le propriétaire de PPI, qui était la société à laquelle on devait adresser les chèques de versements de droit. Aujourd'hui, l'avocate interdit que l'on tente d'entrer en contact avec sa cliente, et elle refuse par ailleurs de répondre.