Harper Lee, une Liliane Bettencourt dans l'édition ?

Antoine Oury - 04.02.2015

Edition - International - Harper Lee nouveau roman - maison d'édition - abus de faiblesse


Plus d'un demi-siècle après To Kill a Mockingbird, Harper Lee publiera l'été prochain Go Set a Watchman, son second livre qui était en fait, originellement, un prélude à To Kill... Un véritable typhon éditorial se prépare, comme si Salinger lui-même sortait de sa tombe pour écrire des inédits. Mais la découverte au hasard de ce roman oublié fait craindre à certains un pur et simple abus de faiblesse sur la vénérable auteure.

 


To Kill a Mockingbird 4

(Kristin, CC BY 2.0)

 

 

Avant même la parution des 2 millions d'exemplaires du premier tirage, chez HarperCollins aux États-Unis, le pactole promis par les ventes de Go Set a Watchman laisse réveuse toute l'édition. Le site Jezebel, certes connu pour quelques controverses, évoque un point intéressant par rapport à cette nouvelle. Harper Lee, 88 ans, a-t-elle sciemment accepté la publication de ce roman ?

 

L'auteure n'a jamais recherché rien d'autre que la paix et la tranquillité, mais, même à son âge avancé, elle reste un sujet d'interrogations et de fascination. Son seul et unique roman s'écoule toujours à 750.000 exemplaires par an, d'après HarperCollins, et s'impose comme le best-seller du XXe siècle. Harper Lee n'a jamais été à l'abri des abus et escroqueries, en raison de ce succès, et en 2007, elle déposait plainte contre son ancien agent littéraire, Samuel Pinkus.

 

Elle accusait alors ce dernier d'avoir créé un schéma complexe pour soutirer les droits d'auteur de Harper Lee, en les faisant transiter par sa propre société. Dans sa plainte, Harper Lee et ses avocats ne cachaient pas la faiblesse qui frappait l'auteure :

Depuis plus de quinze ans, elle souffre d'une surdité croissante, et, depuis 6 ou 7 ans, de dégénérescence maculaire, ce qui rend difficile pour elle la lecture de documents qui ne sont pas en larges caractères. En juin 2007, elle a subi une attaque cardiaque, qui a rendu difficile tout déplacement, sans affecter sa santé mentale. 

Malgré cette précision sur sa santé mentale, Harper Lee semblait bien avoir signé un document autorisant l'opération financière. Le litige aura finalement été réglé à l'amiable, après plusieurs années de procès.

 

Jusqu'à la fin 2011, la sœur de Harper Lee, Alice Lee, se chargeait elle-même de la protection judiciaire de l'auteure. À 101 ans, Alice Lee passait finalement le relais au cabinet d'avocats BBL & Carter (Barnett, Bugg, Lee & Carter). C'est d'ailleurs un des avocats qui a visiblement découvert le livre, d'après Lee, qui déclare : « J'étais un primo écrivain, alors j'ai fait ce qu'on m'a dit. Je n'avais pas réalisé que le livre original avait survécu, donc j'ai été étonnée et ravie, quand ma chère amie et avocate Tonja Carter l'a découvert. »

 

Tonja Carter fait partie du cabinet où officiait Alice Lee (comme le signale le "Lee" dans le nom du cabinet) et elle aurait été choisie par Harper Lee elle-même pour remplacer sa sœur. Mais elle n'aurait visiblement pas convaincu son ancienne collègue, puisque Alice Lee ne se privait pas pour critiquer les actions en justice qu'intentait Tonja Carter, notamment contre le musée de la ville natale d'Harper Lee.

 

En 2011, alors que la journaliste Marja Mills préparait un ouvrage sur l'auteure et sa sœur, avec qui elle avait organisé plusieurs entretiens, Harper Lee publie un communiqué où elle assure n'avoir « pas volontairement participé à aucun livre écrit ou en cours d'écriture par Marja Mills. Je n'autorise pas non plus la publication de ce livre. Toute information contraire est fausse. »

 

Le communiqué avait été envoyé par le cabinet BBL & Carter, et Alice Lee faisait état auprès de Marja Mills de craintes réelles vis-à-vis de son origine, dans un courrier du 12 mai 2011 : « Imaginez le choc quand j'ai pris connaissance du communiqué envoyé depuis les bureaux de BBL & Carter. Je n'ai fait aucune déclaration, et je ne comprenais pas l'origine de ce communiqué. Quand j'ai demandé à Tonja, j'ai appris qu'elle avait rédigé ces déclarations sans m'avertir, avant de les apporter à Nelle Harper pour qu'elle les signe. »

 

« La pauvre Nelle Harper ne peut pas voir, ni entendre, et signera tout ce qui est glissé devant elle, tant qu'elle connaît la personne. À présent, elle n'a aucun souvenir de cet incident », ajoutait-elle dans son courrier.

 

Le fait que la fameuse avocate soit mise en avant pour la découverte du livre soulève donc quelques interrogations quant à la volonté réelle de Harper Lee de voir ce livre publié, plus de 50 ans après son écriture. Alice Lee, quant à elle, est décédée fin 2014.