HarperCollins taclé par les libraires pour sa politique de vente directe

Antoine Oury - 19.11.2014

Edition - Librairies - HarperCollins vente directe - librairie États-Unis - libraires indépendants


En quelques mois, HarperCollins a considérablement mis en avant ses solutions maison pour la vente directe d'ouvrages. Sur le site web de l'éditeur, évidemment, mais aussi à destination de ses propres auteurs, qui obtiennent un taux de royalties revus en conséquence pour une vente directe. Mais les libraires américains commencent à voir d'un mauvais oeil cette concurrence.

 


Anderson's Bookshop

Anderson's Bookshops, à Naperville, dans l'Illinois (Schu, CC BY-SA 2.0)

 

 

Les librairies physiques doivent-elles avoir le monopole de la vente de livres ? C'est un peu la question que soulèvent les dernières protestations des libraires américains. Au mois de septembre dernier, HarperCollins faisait preuve d'une étrange schizophrénie, en valorisant les ventes directes par son site web maison, aux États-Unis, mais aussi au Royaume-Uni, en Australie et au Canada.

 

Dans le même temps, le groupe d'édition était fier d'annoncer le lancement d'un fonds de soutien aux établissements indépendants qui auront prouvé leur fidélité. Difficile d'établir clairement les critères de sélection, mais les libraires étaient plutôt reconnaissants.

 

« Nous considérons avec beaucoup d'attention le canal de vente toujours en hausse que représentent les librairies indépendantes, et les voyons comme des partenaires à part entière dans la façon dont ils connectent les auteurs avec leurs lecteurs », expliquait alors Josh Marwell, président des ventes de HarperCollins.

 

Néanmoins, HC proposait, un mois plus tard, un échange de bons procédés avec les auteurs qu'il publie : la vente directe d'un livre via la solution HarperCollins, depuis le site d'un auteur, vaudra à ce dernier une hausse de 10 % de ses droits d'auteur sur l'exemplaire ainsi vendu.

 

'Nous vous permettons de vous passer des libraires'

 

« Cela ne nous envoie pas un bon message. Nous sommes engagés pour construire une relation avec les auteurs, particulièrement ceux qui débutent », assène Becky Anderson, copropriétaire des Anderson's Bookshops, à Naperville. « Ce programme revient à dire aux auteurs 'Nous vous permettons de vous passer des libraires' », déplore-t-elle.

 

La libraire est un peu sévère, puisque le site de HarperCollins, s'il propose en premier choix la vente directe, affiche également les offres des autres revendeurs : à ce titre, la marque des libraires indépendants IndieBound et Amazon sont présentés de la même façon.

 

Néanmoins, « [t]out programme qui nous prend des ventes conduira potentiellement à notre disparition », souligne Gayle Shanks, copropriétaire d'une librairie dans l'Arizona. « C'est gagnant-gagnant si nous nous en tenons tous à nos rôles. » Mais il est également difficile, et peu crédible, pour un auteur, de disposer d'un site personnel sans lien(s) d'achat : il est indéniable qu'une hausse des copyrights, ou qu'une vente directe ne sont pas négligeables pour des auteurs aux faibles revenus, et qui ne disposent que d'un titre ou deux pour faire leur beurre.

 

Chuck Robinson, président et directeur de Village Books et Paper Dreams, à Bellingham, Washington, tempère toutefois la colère des libraires : « Inviter les auteurs à rediriger vers le site de HarperCollins est sûrement un moyen de récupérer des ventes sur les autres canaux de vente Internet, comme Amazon », explique-t-il.

 

Au sein du groupe d'édition, le courroux des libraires n'a pas été vraiment compris, et l'on a rappelé les nombreux programmes de soutien aux libraires indépendants, à travers le soutien d'initiatives ou la mise en place de tournée de dédicaces au sein des boutiques.

 

(via Publisher's Weekly)