Harry Potter : les ebooks sans DRM - et sans éditeur ?

Clément Solym - 23.06.2011

Edition - Société - ebook - potter - drm


Effectivement, depuis plus d'un an que tout le monde attendait cela, l'annonce d'une commercialisation prochaine des livres Harry Potter en version numérique, c'est une sorte de souffle de bonheur pour les amateurs...

Plus besoin de traquer la version pirate, plus besoin de chercher les fichiers Kindle ou EPUB trafiqués : Harry Potter sera commercialisé en version numérique, dans des conditions qui font osciller entre ire et joie.

Y'a d'la joie...

Le bonheur, c'est de découvrir que les ouvrages seront commercialisés sans verrous numériques. Alors que Rowling était encore opposée à ce que l'on envisage de vendre ses livres autrement qu'en papier, c'est une bascule complète - et louable. (notre actualitté)


La présence de DRM aurait été prévisible, mais décider que finalement, les verrous sont bel et bien une restriction invasive et un obstacle à l'achat, c'est du pur bonheur. (voire Mike Cane, sur un joli coup d'oeil de sebbago, via Twitter)

Bon, il faut rappeler que les ebooks sur Kindle seront toujours limités au fait d'être lisibles uniquement dans l'environnement Kindle. Mais pour ce qui est des fichiers EPUB, l'absence de DRM démontre une volonté d'ouverture qui n'allait pas de soi. D'autant que, Rowling aurait tout à fait pu profiter de sa position de leader charismatique, autant que de best-selleuse pour imposer ce type de restriction.

En fait, un simple watermarking permettra de "lutter" contre le piratage. Au moment de l'achat, le nom et les informations sur le consommateur seront intégrés à l'ebook.

Y'a moins d'joie

C'est que, justement, l'ouverture par l'absence de DRM contraste tout de même très fort avec la décision de commercialiser les livres numériques en exclusivité sur le site Pottermore, tout du moins, ainsi que cela a été annoncé aujourd'hui. Le parallèle entre Radiohead et Rowling, que fait le magazine Wired, est particulièrement significatif. De même que les musiciens avaient décidé de quitter leur maison de disque, EMI, de même, Rowling conserve ses droits numériques, et fait le chemin toute seule.

Débarrassée de ses éditeurs anglais et américains, Bloomsbury et Scholastic, elle s'assure des revenus plus impressionnants encore, et tout comme Radiohead, qui avait alors vendu son album In Rainbows, la logique d'une vente exclusive sur un seul site permet de canaliser tout le trafic. Bien plus d'argent en perspective, pour une femme qui a priori n'en manquait déjà pas du tout.

Et finalement, non seulement Rowling éjecte ses éditeurs, mais elle passe également outre les habituels canaux de vente en ligne - et comment Amazon va-t-il accepter que l'on puisse acheter les livres numériques de la maman Potter, sans prendre sa commission ?

Tout cela sans même parler de l'ensemble des données personnelles dont le marketing puissant derrière elle va pouvoir bénéficier... On attend dans tous les cas le prix de vente des livres pour savoir à quelle sauce le consommateur pourrait être mangé.

Exclusivité ou exclusion ?

Contacté par ActuaLitté, les éditions Gallimard jeunesse restent également sceptique. « Avant 13 heures, nous ne savions absolument pas ce qui allait se passer », assure-t-on. Et concernant la commercialisation exclusive et pourtant, annoncée comme en partenariat avec les éditeurs historiques de Potter, le flou est complet.

« Nous ne savons absolument pas comment cela va se passer. Nous n'avons pas encore été contactés par l'agent de J.K. Rowling. Ce partenariat annoncé est complètement mystérieux, et nous ignorons ce qui va en advenir. Et évidemment, l'exclusivité nous pose problème. »

De multiples questions de droits vont se poser - est-ce que l'agent va racheter la traduction française, pour commercialiser le livre numérique traduit ? ou plus simplement, le refaire traduire ? tout cela va devoir se négocier en fonction des contrats qui ont été signés à l'époque.

Dans tous les cas, on apprécie manifestement assez peu cette idée de vente exclusive. D'abord parce que la réussite de Rowling est due au travail des éditeurs papier, cela tombe sous le sens, et qu'avec une telle décision, ces derniers ne profiteront en rien des nouvelles ventes. Ensuite, parce qu'à la tête de la maison, on trouve Antoine Gallimard, qui est également président du SNE, nous rappelle-t-on, et il va être assez compliqué pour lui de ne pas réagir à cette annonce.

Coup de feu

Ce qui est certain, c'est que l'annonce va faire trembler dans les chaumières. Rowling est une alien dans l'édition. Avec plus de 400 millions de livres papier vendus, des films dans tous les sens, des produits dérivés en figurine (même chez les Lego), ou encore en jeux vidéo, elle n'a rien de l'auteure standard.

Mais elle risque de donner une leçon aux maisons, notamment pour ce qui est des droits numériques, et des droits reversés à l'auteur sur les ventes.

En prenant seule les rênes de cette nouvelle aventure, Rowling frappe très, très fort. Et comme E=MC², le choc risque d'être d'autant plus violent...