Harry Potter : vers une reconnaissance des universitaires

Clément Solym - 22.05.2012

Edition - International - harry potter - rowling - universitaire


D'un succès de la pop-culture à un grand classique. L'histoire de la fameuse école des sorciers est bien connue désormais. Cadre d'un récit pour jeunesse, les aventures d'Harry et ses compagnons ont vite passé de mains en mains pour faire retomber les parents en enfance. D'abord œuvre quasi confidentielle pour sa première édition, il faut, en France, attendre le prix des Sorcières 1999 pour que le succès s'empare du phénomène. Le rythme annuel des premières sorties, le bouche à oreille puis les premières adaptations de la Warner ouvriront l'œuvre de Rowling au plus grand nombre.

 

Succès de la culture populaire, sans conteste. Pourtant, de nombreuses critiques ont refusé d'y voir un chef d'œuvre à la hauteur d'œuvres plus profondes comme Alice au pays des Merveilles de Caroll ou le cycle épique A la croisée des mondes de Pullman. D'aucuns ont avancé que les éléments thématiques du premier volume étaient tout aussi attrayants qu'ils reprenaient en grande partie folklore anglais, geste arthurienne (inclure aussi Star Wars) et travaux de C.S Lewis (apologète chrétien et auteur de Narnia), pointant là une originalité toute relative. Mais ces jours-ci, l'université de Saint-Andrews organise une cinquantaine de conférences sur l'apport du petit magicien à la culture, mais surtout à la littérature mondiale.

 

Succès littéraire et objet d'études du Supérieur

 

Affinité régionale ? Les observateurs noteront que la prestigieuse et première université écossaise ne devrait pas se trouver trop loin de Poudlard, située elle aussi dans le nord de la Grande-Bretagne. Néanmoins, une soixantaine de chercheurs de toutes nationalités se réunissent sur deux jours pour le colloque "Une marque de la magie de fiction : Lire Harry Potter comme de la littérature". Une assertion qui s'appuie sur la volonté de prendre Harry comme un objet de recherche universitaire avec sérieux. Et dépasser le seul cadre de la critique littéraire. On pourra citer pêle-mêle dans le programme des questions d'ordre général comme le traitement de la mort, l'empathie apportée dans l'œuvre, ou plus originale, la présence du paganisme dans l'univers de Rowling, la problématique raciale avec les elfes esclaves. En passant par l'influence puissante des mêmes Tolkien et Lewis dans la création d'univers chez l'écrivaine. 

 

 

 

Co-instigateur de cette grande première réunissant les universitaires anglais autour du petit sorcier à la mèche raide, John Patrick Pazdziora, University's school of English explique sa démarche de légitimation : « Nous ne pouvons occulter le fait qu'Harry Potter est la principale expérience narrative d'une génération entière. Les romans Harry Potter sont simplement les livres jeunesse les plus importants et influents de la fin du XXe et du début du XXIe siècle ». La popularité comme gage de valeur universitaire ? Pazdziora explique que dans 100 ou 200 ans les sept années d'Harry à Poudlard seront un témoin privilégié chez nos descendants pour comprendre notre conception du passage de l'enfance à l'âge adulte.

 

Plus circonspect, John Mullan, professeur d'anglais à l'University College de Londres évoque les études culturelles qui donnent une valeur académique à tout engouement un peu sociétal. « Doyen » des chercheurs en magie poudlardienne, John Granger insiste sur « la qualité des représentants  internationaux » pour donner une réelle crédibilité à l'évènement. Mais dans cette autre querelle des Anciens et des modernes, le phénomène d'une reconnaissance dans la sphère intellectuelle avait déjà reçu des signaux d'une belle transmutation.

 

De l'or commercial à la sève littéraire

 

Parmi les signes les plus récents, une exposition à la British Library, bibliothèque nationale qui s'enrichit de plus de trois millions d'ouvrages chaque année. Baptisée « Writting England », cet évènement tisse un lien entre le décor naturel britannique et sa production littéraire. Mythes saxons, peinture de la société rurale élisabéthaine, décors romantiques. Preuve est donnée avec la mise à disposition du public des manuscrits de Robert Louis Stevenson ou les illustrations de Tolkien pour Bilbo le Hobbit.  Parmi ces classiques romanesques, le responsable du département de littérature anglaise et théâtre de la bibliothèque a jugé bon d'y faire figurer le manuscrit d'Harry Potter à l'école des sorciers.  Effectivement, Rowling partage avec l'auteur de l'île au Trésor, le goût pour les reliefs découpés entre virée avec Dumbledore et le trajet du Poudlard Express.

 

Certes l'effet marketing a joué un rôle pour titiller l'engouement global envers un premier tome sympathique, mais pas franchement révolutionnaire. Toutefois, les universitaires s'accordent sur le rôle colossal qu'ont joué Harry et ses copains pour susciter le goût de la littérature chez de nombreux enfants. Ainsi que l'envie de toucher à l'oeuvre originale sans attendre la sortie d'une traduction. Autre point incontestable, le talent pour Rowling d'avoir su faire évoluer en douceur ses petits personnages année après année, pour un processus d'identification particulièrement efficace. Et si l'on se replace à l'orée des années 2000, penser à un tel succès éditorial jeunesse adopté par les parents aurait relevé... de la magie.