Hausse de la TVA : apporter des solutions économiques, vite

Clément Solym - 06.04.2012

Edition - Librairies - SLF - librairie - TVA


La mise en place de la hausse d'un point et demi de la TVA a globalement été satisfaisante, déclare le Syndicat de la Librairie Française  dans un communiqué. Mais des éléments restent néanmoins inquiétants.

 

Au début du mois, la hausse de la TVA sur le livre est rentrée en vigueur, dans un climat de tension notable. Selon Vincent Monadé, ancien libraire et directeur de l'Observatoire du livre et de l'écrit en Ile-de-France (MOTif), assimile cette décision à une « balle destinée à tuer les libraires indépendants ». Pour Guillaume Husson, du Syndicat de la Librairie Française, « c'est beaucoup de risques pour une goutte d'eau dans les caisses de l'État, considérant l'ampleur de la dette. Le point et demi de hausse de la TVA sur le livre est évalué à 60 millions d'euros au maximum », ce qui, selon le Minsitère du Budget, représenterait 10 % des efforts à réaliser sur les deux plans de rigueur.

 

Le SLF salue pour sa part l'instauration d'un délai pour mettre en place cette réforme. « Cette action a en effet permis de mettre à profit le délai supplémentaire de trois mois, obtenu à la demande des libraires, pour résoudre des questions juridiques et techniques importantes, telles que l'information des clients sur les différences de prix, qui permet de lisser dans le temps le travail très lourd de réétiquetage des stocks, ou le taux de TVA applicable aux retours. »

 



Ces trois mois auraient été salutaires pour répercuter la hausse sur les prix de vente, et ne pas pénaliser outre mesure les libraires. « De ce fait, les pertes de marge et de valeur de stock en librairie s'en trouvent limitées ».

 

Deux bémols, cependant

 

Mais cette révision des prix pour amortir la hausse de la TVA, déplore le SLF, n'a pas été conduite de façon homogène, surtout chez les éditeurs de petite taille.


«  Cette situation pénalise tout particulièrement les libraires qui constituent le circuit de vente
disposant du fonds le plus important. Il est regrettable qu'une action de sensibilisation des éditeurs de petite taille aux enjeux de la hausse de la TVA, pour les libraires comme pour eux-mêmes, n'ait pas été conduite ». Le syndicat déplore également que « plusieurs dizaines d'éditeurs de taille significative aient refusé, en toute connaissance de cause, de modifier leurs prix ou les aient augmentés trop faiblement pour en neutraliser l'effet en librairie », le tout engendrant des pertes de marges pour les librairies.

 

Équation complexe

De plus, la hausse des prix pratiquée par les éditeurs suffirait à peine à couvrir la hausse de la TVA. « Cela signifie que les nouveaux prix des livres ne tiennent pas compte, dans la plupart des cas, de l'inflation qui va pourtant affecter les charges des libraires. Cette baisse relative du prix des livres est constante depuis plus de dix ans. Si le fait que la France soit l'un des pays d'Europe et du monde où les prix des livres sont les moins élevés peut constituer un motif global de satisfaction, cela contribue néanmoins de manière préoccupante à la baisse des marges des libraires et à l'accroissement de leurs difficultés économiques ».

 

En somme, si la mobilisation de nombreux acteurs a été essentielle, et si le pire, estime le SLF, a été évité, il n'en reste pas moins que des solutions économiques viables et durables doivent être rapidement apportées à la profession. « Le SLF souhaite qu'une concertation puisse s'engager sans délai sur ces propositions, avec les pouvoirs publics et les éditeurs. Il attend également beaucoup de la mission en cours sur les marchés publics de livres afin de garantir l'accès des librairies à ces derniers ».

 

Concurrence des ebooks

 

Pas trop de crainte concernant la hausse des prix, même si elle alourdit la facture du lecteur. Mais la TVA sur les ebooks, elle, est passée de 19,6 % à 7 %, et cela inquiète déjà un peu plus les librairies de quartier, qui doivent, en plus de cela, aussi faire face à des hausses de loyers. Selon une récente étude, il apparaîtrait que les ventes de livres au détail en février 2012 auraient baissé de 1,5 % par rapport à février 2011.

 

Guillaume Husson estime par ailleurs que la hausse de la TVA pourrait forcer certains libraires à fermer leur commerce, malgré le fait que le livre reste, selon lui, « un objet de première nécessité » et un « enjeu de démocratisation de la culture ».