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Hercule Poirot, né d'un gendarme belge réfugié en Angleterre

Nicolas Gary - 14.05.2014

Edition - International - Agatha Christie - Hercule Poirot - réfugiés belges


C'est l'histoire d'un policier belge à la retraite, qui décida de fuir pour se réfugier en Angleterre, au cours de la Première Guerre mondiale. Difficile de le blâmer, mais selon les recherches présentées par Michael Clapp, Jacques Hornais serait bel et bien l'homme qui a inspiré Agatha Christie. Et donné naissance, un peu malgré lui, au célébrissime personnage d'Hercule Poirot. 

 

 

Agatha Christie in Metal

Bart Heird, CC BY NC ND 2.0, sur Flickr

 

 

Face à l'avancée des troupes allemandes, en 1914, le policier, 57 ans, décide de quitter la Belgique, avec son fils Lucien, 17 ans. Tous deux s'installent à Exeter, et y auraient rencontré la grand-mère du chercheur de Michael, Alice Graham Clapp. 

 

Or, Michael rappelle les propos de Christie : elle « avait toujours dit que son inspiration pour Poirot était venue d'un réfugié belge, et [Jacques] était le seul gendarme ou policier qui ait été présent. Aussi n'est-ce pas une preuve, mais c'est une intéressante coïncidence ». 

 

Mme Clapp avait aidé plus de 500 réfugiés belges à trouver un logement, après leur fuite d'Europe. Elle fut récompensée par le gouvernement belge, après la guerre. Et le 6 janvier 1915, dans la ville de Torquay qui accueillit nombre de ces réfugiés, Christie se retrouve à jouer du piano, pour des invités belges. Elle n'a alors que 25 ans, et donne des récitals pour les réfugiés, lors d'une soirée, et aurait rencontré Jacques Hornais, à cette occasion. 

 

Michael Clapp ajoute : « Chacun d'entre nous pense maintenant Hercule Poirot comme un type assez gras, se dandinant avec un caractère maniéré, mais cela ne signifie pas qu'il était ainsi dans la vie. Tout ce que nous savons sur Hornais, c'est qu'il fut gendarme, et avait un fils. Il était marié, mais sa femme ne l'a pas suivi à l'époque. »

 

La jeune Agatha aurait pu être saisie par les histoires que raconta l'ancien gendarme, intriguée par les récits policiers. « Nous ne savons rien de tout cela, et rien n'est assuré pour nous, mais il semble tout à fait approprié que la vie du véritable Poirot reste aussi mystérieuse que les livres eux-mêmes. »

 

Christie n'a jamais officiellement dévoilé la source de son inspiration, et si la réalité semble rattraper quelque peu la fiction. Son site officiel le pointe : « Au cours de la Première Guerre mondiale, il y avait des réfugiés belges dans la plupart des régions de la campagne anglaise. Torquay ne fait pas exception. »

 

Dans sa propre autobiographie, Christie explique son dilemme dans le choix du personnage qui deviendra son héros. Comment choisir ? « Alors, je me suis souvenue de nos réfugiés belges. Nous avions une colonie de réfugiés belges, vivant dans la paroisse de Tor[quay]. Pourquoi ne pas rendre mon détective belge ?, me demandais-je ? Il y avait tous les types de réfugiés. Que diriez-vous d'un agent de police réfugié ? Un agent de police à la retraite ? Pas un trop jeune. » (via The Telegraph)

 

Troublante coïncidence, en effet.