Héritage Sagan : Débouté contre Julliard, Westhoff forme un appel

Clément Solym - 20.09.2012

Edition - Justice - Denis Westhoff - Julliard Robert Laffont - Tribunal grande instance


Exclusif ActuaLitté : On pourrait s'imaginer les héritiers de François Sagan se laissant vivre au rythme des rééditions, confortablement installés dans la fameuse maison de Honfleur. Il n'en est rien : héritier, en premier lieu, des dettes de sa mère, Denis Westhoff se démène pour obtenir gain de cause face à Julliard, propriétaire des droits d'exploitation d'une partie de son oeuvre. Hier, la plaidoirie en appel a rappelé les demandes de l'héritier, qui n'ont jusqu'à présent pas été arrêtées par la Cour.

 


 

 

Le roman de l'exploitation des oeuvres de François Sagan par les éditions Julliard commence plutôt bien, le jour où la jeune auteure de 19 ans, sur les conseils de la fille Malraux, envoie son manuscrit à René Julliard : « C'est un énorme succès, un best-seller qui se vend en Russie, au Japon, aux États-Unis... » rappelle Me Aittouares, avocat de Denis Westhoff. Tout le monde connaît l'histoire de la romancière, qui gagne soudainement une petite fortune, de quoi expliquer les voitures de sport dans lesquelles les médias la photographient.

 

Pendant 15 ans, les livres de Sagan sont estampillés Julliard, alors géré par l'épouse de René Julliard, décédé en 1964. Sur les conseils de son époux, Guy Schöller, Sagan y reviendra le temps de quelques ouvrages, de 1989 à 1994. C'est cette vingtaine de livres, dont les droits sont la propriété de Julliard, qui sont désormais au centre de la procédure judiciaire engagée par Denis Westhoff.

 

Dès 2009, ce dernier intente un procès aux éditions Julliard, pour défaut d'« exploitation permanente et suivie » des ouvrages, pourtant « la contrepartie garantie pour une cession de droits ». À l'époque, seuls Bonjour tristesseAimez-vous Brahms et La Laisse, les titres les plus plébiscités de l'oeuvre de Sagan, sont édités en poche. Westhoff, de son côté, « se retrouve avec près de 2 millions de dettes, et des revenus annuels dérisoires sur l'exploitation de l'oeuvre : 30 000 €, ce qui signifie 100 ans avant d'avoir épongé la dette » souligne son avocat, qui précise que la romancière versait depuis plusieurs années 50 % de ses droits d'auteur à l'État à cette fin. (voir notre actualitté)

 

Quand auteur et ayant droit se télescopent

 

Probablement inquiétée par la menace d'un défaut d'exploitation, la maison Julliard « réédite alors toute l'oeuvre en sa possession d'un seul coup : un véritable suicide commercial, sans plan de communication au préalable » s'insurge encore Me Aittouares. Bonjour tristesse se vend encore à 50.000 exemplaires, mais les revenus de Westhoff sur les ventes sont dérisoires : sans vouloir s'avancer, l'avocat nous assure que le tout ne dépasse pas 100.000 € pour l'année.

 

Et Denis Westhoff s'inquiète également de la position de franc-tireur adopté par la maison du groupe Robert Laffont : Julliard ne procède pas à la reddition de comptes semestrielle, relative aux revenus dégagés, et se contente d'un bilan annuel. Pour les cessions à l'étranger, il n'est tout simplement « pas consulté » affirme son avocat.

 

Durant l'audience, qui s'est déroulée hier au Tribunal de Grande Instance de Paris, l'éditeur a contre-attaqué en assurant que c'est François Sagan elle-même qui leur avait demandé de mettre fin à l'exploitation de ses oeuvres : « Puisque tout partait au Fisc, tout en générant des impôts, Françoise Sagan aurait demandé à tout abandonner. C'est affirmé sans preuve, et relève d'un raisonnement absurde » soutient l'avocat. Et pour cause : même si l'auteure ne touchait plus rien, l'État et ses créanciers continuaient de lui demander des comptes.

 

Clairement déçu, l'avocat nous confirme que le tribunal « les a crus ». Il fait donc appel avec son client contre la décision du TGI, et la Cour se prononcera fin octobre. En cas de nouvelle déception, l'affaire sera portée devant la Cour de cassation, étape ultime et dernier recours du droit français. Le fils du « charmant petit monstre » n'a peur de rien.

 

Contacté par ActuaLitté, l'avocat des éditions Julliard ne souhaite pas faire de commentaires pour l'instant. Décision de la Cour sur l'appel le 31 octobre prochain.

 

Jgmt TGI Westhoff - Julliard 010211