Héroïne, meurtres, viols, séquestration : un livre jeunesse à primer ?

Julien Helmlinger - 25.06.2014

Edition - International - Bunker Diary - Kevin Brooks - Médaille Carnegie


Au Royaume-Uni, la Médaille Carnegie récompense chaque année depuis 1936 des livres pour enfants ou jeunes adultes de publications anglophones et récentes. À l'occasion de cette édition 2014, Kevin Brooks a récolté les lauriers avec The Bunker Diary, une oeuvre particulièrement sombre pour la catégorie d'âge concernée, soit 14 ans et plus. 

 

 

 

 

La polémique n'a pas manqué de se faire entendre, autour d'un titre qui évoque l'addiction à l'héroïne, le meurtre et le viol, les tortures physiques comme mentales, en passant par la séquestration.

 

The Bunker Diary raconte l'histoire, « ignoble et dangereuse » selon la contributrice du Telegraph Lorna Bradbury, d'un garçon âgé de 17 ans. Celui-ci tombe dans le piège tendu par un homme plus âgé qui l'attire dans les rues londoniennes et l'emprisonne dans un bunker souterrain parmi d'autres proies. Le ravisseur va alors proposer de libérer tout garçon qui tuerait l'un de ses codétenus. Un thème de la survie en milieu hostile pas si éloigné de Sa Majesté des mouches.

 

Lorna Bradbury a visiblement lu le bouquin sans l'apprécier. La critique demande comment quiconque pourrait suggérer pareil roman à la jeunesse : « L'expérience de lecture sur plus de 250 pages consiste à observer six personnes sombrer dans le désespoir et s'infliger des dommages les uns aux autres au fil du processus. [...] Et nous en ressortons avec le sentiment désagréable que, comme les détenus, nous avons passé le temps à être manipulés par un psychopathe pervers. »

 

De son côté, le jury du Prix n'a pas tardé à monter au créneau pour défendre son choix. Helen Thompson a ainsi soutenu que le roman était « superbement bien écrit, atmosphérique, et aimé par les lecteurs », qui le dévoreraient volontiers à travers le pays. Mais visiblement le caractère incontestablement  troublant de l'ouvrage aura également posé des questions aux éditeurs. Puisque selon Kevin Brooks, il aurait essuyé plusieurs refus et patienté dix ans pour le voir enfin imprimé.

 

Lors de la remise du Prix, l'auteur du livre a estimé quant à lui qu'« en tant que lecteurs, les enfants et les adolescents - en particulier - n'ont pas besoin d'être dorlotés avec l'espoir artificiel qu'il y aura toujours une fin heureuse » au bout de leurs lectures. Pour lui : « Ils veulent être immergés dans tous les aspects de la vie, et pas seulement les choses tranquilles. »