Hestia, éditeur grec de Kundera, DeLillo et Céline ferme sa librairie

Nicolas Gary - 02.04.2013

Edition - Librairies - Hestia - Grece - Gallimard


Après 128 années de loyaux services, celui qu'on appelait le Gallimard grec va fermer ses portes. Le 30 mars, un message sur la porte de la librairie historique indiquait clairement que les jours étaient comptés. Ouverte en 1885, cette boutique s'était déplacée voilà plus d'une vingtaine d'années, conservant son rôle de repaire d'écrivains, d'intellectuels et de journalistes. 

 

 

 

 

Fini les intellectuels indignés à Athènes ? C'est beaucoup dire, mais pour sauver l'établissement, c'est trop tard. L'établissement, véritable institution dans le pays, était une entreprise gérée familialement par la cinquième génération de la même famille. Le catalogue de la maison d'édition compte 1500 auteurs et 4000 nouveautés, dont bon nombre ont forgé la culture grecque - ou importé celle de l'Occident. 

 

Symbole de la vivacité intellectuelle du pays, la librairie ne pouvait cependant pas rivaliser avec les difficultés que connaissent aujourd'hui le marché grec et l'industrie du livre. Toutefois, l'activité éditoriale de la maison se poursuivra : seule la librairie trinque, comme c'est le cas un peu partout dans le monde. 

 

Dans la presse grecque, les qualificatifs ne manquent pas, et l'on ne tarit pas d'éloges sur l'importance qu'avait cette librairie, située au coeur de la vie intellectuelle. La librairie Hestia est souvent présentée comme une part intégrante de l'histoire de la littérature grecque. « Chers amis, c'est avec tristesse que nous vous informons que, malgré notre volonté, nous devons cesser notre activité. (…) Nous espérons que nous arriverons à vaincre cette crise qui anéantit les entreprises et le pays », indiquait depuis samedi un panneau situé sur la porte d'entrée. (via The Parthenon Post)

 

Alors que depuis 2010, la FNAC a baissé les bras sur le marché grec, délaissant le territoire, il faut rappeler que le Centre national du livre lui-même a été fermé en janvier dernier. 

 

Catherine Vélissaris, ancienne directrice du Centre National du Livre (EKEBI en grec), sollicitée par ActuaLitté, évoquait pour sa part une « décision catastrophique pour le livre », considérant qu'il s'agit là malheureusement d'une fermeture programmée par le gouvernement, dès son arrivée au pouvoir. « Il y a actuellement en Grèce un vaste mouvement jacobin de recentralisation de toutes les politiques vers les différends Ministeres. C'est exactement le mouvement inverse d'il y a 20 ans ou les Ministeres décentralisaient leurs politiques, en créant des organismes comme le Centre National du Livre ou encore le Centre National du cinéma, pour leur donner la souplesse de l'action et leur éviter une bureaucratie improductive »

 

Reste que cette fermeture, et nombreux sont ceux qui le remarquent, apporte de mauvais présages : la divinité Hestia, représentant le feu sacré et le foyer, ferme son établissement de vente de livres. Douloureux auspices. L'an passé, la patronne des éditions Hestia, Eva Karaitidi assurait que le nombre de titres publiés, en l'espace de deux ans, avait diminué de 40 % : « Les libraires ne payent plus, dit Eva Karaitidi. J'ai cessé de donner nos livres à la grande chaîne de librairies Elefteroudakis. Je me dis que si les libraires ne payent plus les éditeurs, autant offrir directement nos ouvrages aux lecteurs ! C'est ce que je fais d'ailleurs... Je passe mon temps à offrir des livres ! »

 

La crise économique qui sévit dans le pays aura affecté l'un des commerces les moins faciles à faire vivre. Plusieurs anciens employés et des passants, qui ont trouvé porte close, ce samedi 30 mars, n'en revenaient pas.