Histoire d'une Marcheuse : Axelle Tessandier, ou la force de l'engagement

Nicolas Gary - 15.11.2017

Edition - Société - république marche macron - axelle tessandier macron - emmanuel macron marche


PORTRAIT – En Marche, le mouvement le plus improbable de l’histoire politique française contemporaine. Parti de la défection d’un ministre de l’Économie, devenu candidat à l’élection présidentielle, il nous parle tant de l’état du pays que de ses forces vives. Au sein du rassemblement qui a porté Emmanuel Macron, Axelle Tessandier, une Marcheuse parmi d’autres. Revivre de l’intérieur. 


 

Crédit photo © Roberto Frankenberg




Elle a la trentaine souriante, répond à ses emails à des heures indues et n’avait jamais envisagé de prendre une carte de parti politique. « On m’a toujours dit que la politique était une drogue dure : je pense que l’engagement est bien plus fort », explique-t-elle. Et pour cause : son livre raconte sa rencontre avec le mouvement naissant, et sa propre implication grandissante. Doutes, appréhensions, moment d’euphorie. 

 

Axelle Tessandier s’est fait connaître pour son statut de déléguée nationale : porter en France, devant les adhérents, dans les médias, la voix d’Emmanuel macron candidat. Loin de l’hagiographie ou de l’obséquiosité – il s’en trouve, en politique, mais pas elle : « Je déteste, par-dessus tout, quand il est indéfendable… », soupire-t-elle.

 

La Marcheuse partage ainsi son aventure, passant au fil des pages du 12 juillet 2016 à la victoire du 7 mai 2017. « Donner tout de soi, sur un sujet, et relâcher l’emprise, quand tout est achevé, mené à bien, c’est ce qui m’a animée. » Et nécessairement à bon port, pour cette ancienne exilée qui a découvert le plaisir de la plage durant son séjour à San Francisco. 

 

Un trait commun au mentor du mouvement : « Emmanuel [Macron] sait communiquer une authentique ferveur, proche de l’obstination. » Comme dans la rencontre avec Donal Trump, relève-t-elle : rien n’était fini, tant que justement toutes les pistes n’avaient pas été exploitées. Une figure de leader véritable ? « Il a ce qui a manqué ces dernières années en politique : une créativité qui change le monde, pour le rendre tel qu’il le souhaite, et non l’accepter tel qu’il est. » Une forme d’optimisme passionné. 

 

Pourtant, la déléguée nationale ne se reconnaît pas dans les figures politiciennes. « Dans ma chambre d’adolescente, jamais on n’aurait trouvé de poster de Giscard d’Estaing ou de Mitterrand », lance-t-elle en riant. Non, plutôt Bowie, Bergman ou Kubrick en fait. « Les leaders du XXIe siècle auront cette figure d’artiste : ils savent passer du personnel à l’universel. Il faut toucher le cœur. » Et on le sait, les politiciens n’ont pas le monopole du cœur, quels qu’ils soient. 

 

Bien entendu, elle reconnaît l’évidence : dans ses premiers temps, En Marche comptait des « primo-engagés » qui n’avaient aucune notion partisane ni des règles du milieu politique. « Nous avions simplement la culture de la communauté et de la collaboration : nous sommes en grande partie la génération des crowdsourcings et crowdfundings. » Celle de l’implication dans des causes qui dépassent l’individu, mais ne se réalisent pas sans les individualités.

 

“Le collectif, c’était autant lui que nous.”

 

Et chacune, chacun, poussés par le désir de s’approprier cet engagement, « et cette remise en question constante qui m’a hantée tout au long de la campagne, depuis ses prémices ». Une dichotomie troublante : la conviction constante d’être dans le vrai, mais la lucidité de ne pas voir les chiffres de sondages augmenter dans ces premiers temps. « Il en ressort une stimulation constante, qui pousse à faire mieux, pour conserver les acquis de la veille et gagner du terrain. » Sans se renier.

 

« Les compromis s’imposent dans le cadre politique, parce qu’essentiels. Mais je refuse d’en faire pour ce qui touche à mes propres convictions. Je cours toujours après une exigence et une intensité qui me portent. » On comprend mieux le choix d’En Marche. « Ça s’est imposé progressivement, pas comme une évidence soudaine ; plutôt à la manière d’une affinité qui se développe. »

 

Du personnage candidat, elle retient avant tout « la bienveillance. Et ce sentiment qui se propage que l’on travaille de concert avec les meilleurs ». De ses dernières déclarations, elle parle, émue de « Make our planet great again », la cinglante réponse via Twitter, apostrophant Donald Trump et son risible « Make America great again ». Axelle se souvient « de la fierté, de l’optimisme et de sa volonté : on est loin du cliché des Français pessimistes. Il a cela en lui, et pourtant j’ai travaillé longtemps dans le milieu américain des “amazing” ou “you can do it”, où l’on est constamment exhorté ».

 

Emmanuel Macron, progressiste, « c’est finalement ce qui me reste le plus ». Entre la France qui subit et celle qui est réunie, « il a porté des discours d’optimisme, parce qu’il en a les moyens. Les messages anxiogènes, cela fonctionne pour les populistes : un progressiste doit trouver les mots tournés vers le positif ». Et parvenir à transmettre son enthousiasme. 
 

Un besoin de redécouverte

 

Le livre d’Axelle Tessandier est alors né d’un même désir. « L’envie d’écrire, de façon très personnelle, est venue pour partager cette folie de l’engagement, ce bonheur d’être une nana ordinaire, qui plonge dans l’extraordinaire ». Étonnant, pour une femme qui avoue avoir peur de l’eau. « À aucun moment, l’idée d’un ouvrage politique n’est venue : il ne s’agit que d’un partage, parce que c’est aussi comme cela que l’on se dépasse. La passion, les projets, et croire en l’exceptionnel de chacun. »

 

Un point commun de plus avec le président de la République. « Durant la campagne, il nous faisait sentir cette chose. Parfois, il s’agace même que l’on puisse être empêché d’accéder à son plein potentiel. » Et d’ajouter : « Emmanuel [Macron] porte le message qu’il faut croire en soi. Nos politiciens ne sont responsables que de nous donner un contexte protecteur, où chacun a tout loisir de s’épanouir. »
 

 

 

Depuis l’élection, la déléguée nationale n’a pas refusé un poste au secrétariat du numérique — « je voyais bien où mon expérience professionnelle me conduisait, et le rôle que cela allait impliquer » — puisqu’Édouard Philippe, le Premier ministre ne lui a pas véritablement proposé. « On l’a senti, lui autant que moi. Et puis, j’ai besoin de reprendre le pouvoir sur ma vie. »

 

Après avoir éprouvé la force de sa résilience dans l’engagement, maintenant Axelle Tessandier a besoin d’un renouvellement. « La liberté est une valeur essentielle pour moi. » Comme un vent d’émancipation ? « Non, plutôt de redécouverte. Rechercher de nouveaux projets. » Et poursuivre sa marche, autrement.


Axelle Tessandier – Une marcheuse en campagne ; comment ça s'est passé – Editions Albin Michel – 9782226402479 – 19 €