Histoire de cour : la maire d'Avignon se refuse à Nicolas Sarkozy

Nicolas Gary - 11.01.2013

Edition - Justice - Nicolas Sarkozy - maire d'Avignon - plainte au pénal


Marie-Célie Guillaume, auteure du livre publié aux éditions du Moment, Le monarque, son fils, son fief, n'est pas au bout de ses peines. Le maire UMP d'Avignon, Marie-Josée Roig, vient de porter plainte, au pénal, estimant qu'elle se retrouverait dans l'ouvrage. Or, le personnage qui serait une version romancée du sien, entretient une relation intime avec un autre, qui pour le coup ressemblerait étrangement à Nicolas Sarkozy... Inadmissible, estime l'élue.

 

 


 

 

Il aura fallu plusieurs mois, manifestement, depuis la sortie en juin 2012, du petit livre, pour que la maire d'Avignon se découvre dans le livre. Et ce, malgré le succès de cette fable dans les librairies, avec près de 60.000 exemplaires écoulés. Pourtant, le livre avait coûté sa place à son auteure, qui a toujours assuré ne jamais avoir soumis ses écrits à sa hiérarchie, pour validation. Son principal supérieur, c'est Patrick Devedjian, président du Conseil général des Hauts-de-Seine, dont Marie-Célie Guillaume est la directrice de cabinet.

 

Le livre, paru durant l'entre-deux tours de législatives, présente une série de personnages, sur fond de fable, où le monarque n'est autre que Nicolas Sarkozy, son fils Jean, et le fief, les Hauts-de-Seine. Et voilà pour le titre. Plusieurs personnalités de l'UMP s'y retrouvent, et l'ouvrage, offrant de multiples clés pour démasquer les uns et les autres, fait très rapidement parler de lui. Au point que l'auteure, assumant le succès, sera simplement licenciée. Patrick Devedjian avait cédé aux pressions d'élus, qui réclamaient tout simplement sa tête. Marie-Célie Guillaume n'avait toutefois pas quitté l'environnement de Devedjian, qui n'aura jamais critiqué ouvertement le livre. 

 

Un Monarque, agité et colérique. Son ami l'Arménien, héritier torturé d'un peuple de survivants. Un Dauphin pressé, avide de conquêtes. Une Principauté belle et prospère, objet de toutes les convoitises. Voici planté le décor et succinctement présentés les héros de cette histoire, où toute ressemblance avec des situations ayant réellement existé ne saurait être totalement fortuite. Pour l'Arménien, l'avènement de Rocky devait être l'aboutissement d'une vie de combats communs. 

Une fierté personnelle, une espérance pour le Vieux Pays. Ce fut le début des ennuis. Écarté du gouvernement, l'homme blessé s'attelle à une tâche aussi ambitieuse que provocatrice : le nettoyage des écuries de la Principauté qu'il dirige sans états d'âme. La fureur du Monarque, qui se sentira visé par cette entreprise, n'aura d'égale que sa détermination à propulser son fils, jeune prodige de la politique, à la tête de son fief. 

De la cour du Monarque aux tours de la Principauté, cette fable politique d'un genre inédit nous entraîne dans les coulisses d'un combat inégal, truffé de rebondissements, où s'affrontent des personnages truculents et attachants. Malheur aux vaincus ! 

 

C'est dans ce contexte que la maire d'Avignon, six mois donc après la sortie, décide de porter plainte : elle nie d'un côté les faits - la relation avec le monarque - mais accuse l'auteure de l'avoir fait paraître dans les pages, plusieurs éléments la désignant bien elle, assure son avocat, Me Julien Fournier, auprès de l'AFP. 

 

« L'auteure a dû tout reconstruire » 

 

D'ailleurs, elle se souvient que les médias l'avaient également remarquée, et sur internet, outil de malheur, le rapprochement entre le personnage et sa personne n'avait pas manqué. La femme du livre est en effet présentée comme la maire d'une ville de 150.000 âmes, avec des remparts ; elle aurait surtout accordé une séance de sport de chambre au monarque - un Nicolas Sarkozy à peine déguisé. 

 

Sauf que... Sauf qu'Avignon compte 90.000 habitants, et ne serait pas particulièrement la ville visée, assure Yves Derai, l'éditeur. « Je suis étonné de la démarche, parce personne n'était particulièrement reconnaissable dans cette description. Ce personnage de Madame de P. a amusé un peu les gens qui se sont mis à jouer avec sur internet. C'était une espèce de jeu qui consistait à faire des élucubrations au sujet de ce personnage qui a fait fantasmer la toile. C'est une fable donc, il y a une distance avec la réalité. »

 

Une défense qui en vaut une autre, mais l'éditeur soutient, à ActuaLitté « plus que jamais » son auteure, sans vraiment comprendre, par ailleurs, la véritable finalité de la plainte : « Mme Roig a choisi une voie judiciaire lente, en saisissant la police, puis un juge d'instruction... »

 

La plainte, déposée à la fin du mois d'août, est donc parvenue jusqu'à l'éditeur seulement en décembre, par une lettre de la police. À voir maintenant si cette dernière retiendra le dossier, et procédera alors à l'assignation de l'auteure et de l'éditeur, ou si elle le jugera trop mince.