Hitler mon voisin : quand Adolf souriait à un Feuchtwanger

Louis Mallié - 12.05.2014

Edition - International - Adolf Hitler - Edgar Feuchtwanger - Munich


Né en 1924 à Munich, Edgar Feuchtwanger a aujourd'hui 89 ans. Alors qu'il s'apprête à faire la promotion pour la sortie allemande à venir de l'ouvrage intitulé Hitler mon voisin, il est revenu sur un épisode original de sa vie - et du livre : sa rencontre avec le Führer.

 

 

 

 

L'ouvrage relate les fait s'étalant de 1929 à 1939, perçus à travers les yeux du narrateur enfant, période au cours de laquelle il vivait dans la même rue que Hitler. Il revient sur tout un univers disparu avec la guerre : sa famille, dont le père, éditeur, accueille chez lui les écrivain Thomas Mann et Carl Schmitt.

 

Il y raconte notamment un épisode étonnant, survenu un matin de l'année 1933. Alors qu'il sortait se promenait avec sa nourrice, il tombe sur son voisin, Adolf Hitler, fraichement élu chancelier. En effet, possédait un appartement dans l'immeuble d'en face, situé dans un quartier huppé de la ville. « Juste au moment où nous passion devant sa porte, il est sorti. Il portait un imperméable de couleur claire », a expliqué l'auteur à l'AFP.

 

« Nous étions sur son chemin. Il m'a retardé et il y avait quelques passants dans la rue - il était environ 8h30 et bien sûr ils criaient tous Heil Hitler. Il a juste levé un peu son chapeau, comme n'importe quel homme politique démocrate - il n'a pas fait le salut, et il est monté dans sa voiture. » Feuchtwanger se souvient que le tout nouveau chancelier avait alors posé sur lui « un regard plutôt bienveillant »… Mais il n'est pas dupe : « Je dois souligner que si il avait su qui j'étais, je ne serais plus là, rien que mon nom l'aurait mis en rage. »

 

Et ceci ne tient pas au seul fait que le jeune garçon est juif, mais aussi à celui que son oncle, Lion Feuchtwanger, est alors un écrivain célèbre dans tout le pays, proche du parti communiste… et dont la satire du parti nazi intitulée Succès concurrence Mein Kampf dans les ventes en librairies. 

 

Le livre de Edgar Feutchwanger raconte donc ces dix années durant lesquelles il a été vécu dans la même rue que le nazi. À l'époque il « se déplaçait dans toute l'Allemagne et revenait généralement à Munich le week-end (...) puis dans sa retraite dans les montagnes, à Berchtesgaden », explique Feuchtwanger. « Après 1935-36, on ne pouvait plus passer devant sa porte. On vous obligeait à passer de l'autre côté de la rue mais on voyait ses voitures garées là, donc on savait qu'il était là sans même avoir besoin de sortir. »

 

Après la Nuit de Cristal, la famille de l'auteur décide de partir pour l'Angleterre. Son arrivée ne se fait pas dans les meilleures conditions : perdu dans un pays qu'il connait mal, le jeune Edgar est raillé pour son nom que les écoliers s'amusent à déformer en « Fish Finger » (poisson pané)…Ce qui ne l'empêchera pas d'étudier à Cambridge, de devenir historien et auteur de nombreuses biographies. Il a été décoré en 2003 de l'Ordre du mérite de la République fédérale d'Allemagne.

 

 

Quatrième de couverture : 

Âgé de 5 ans, Edgar Feuchtwanger, fils unique d'un éditeur juif, a une enfance heureuse dans la ville de Munich. C'est un petit Allemand insouciant, choyé par ses parents et sa nounou, lorsque Adolf Hitler, chef du Parti national socialiste, s'installe dans l'immeuble d'en face. En 1933 se brise le bonheur de cette vie sans nuage. Hitler est nommé chancelier. Les parents d'Edgar, déchus de leurs droits de citoyens ordinaires, tentent de le protéger des humiliations. À l'école, sa maîtresse lui fait dessiner des croix gammées, ses camarades rejoignent les jeunesses hitlériennes. Depuis sa fenêtre, en regardant de l'autre côté de la rue, Edgar va assister à la préparation de la Nuit des longs couteaux, de l'Anschluss et de la Nuit de Cristal. Les Juifs sont arrêtés, son père est enfermé à Dachau où il connaîtra la peur, le froid et la faim. En 1939, Edgar est envoyé seul en Grande-Bretagne. Il y fera sa vie, sa carrière, fondera une famille et s'efforcera d'oublier le cauchemar de son passé. Un passé qui a soudain rejailli lorsqu'il a voulu, à 88 ans, raconter cette enfance enfouie.