Hollande au Salon : 'Promouvoir la littérature, toutes les littératures'

Clément Solym - 18.03.2012

Edition - Société - François Hollande - Salon du livre - menaces


Arrivé ce matin sur le stand de la région Île-de-France, François Hollande a été accueilli par une foule de journalistes agglutinés - plus indécent qu'une heure de pointe dans le métro. Immédiatement sollicité, après avoir parcouru brièvement les stands d'éditeurs franciliens, le candidat socialiste a versé dans le petit discours de circonstance...


Attendu avec ferveur, un éditeur du stand Île-de-France se précipite, et lui offre un ouvrage. Serge Guérin, président du MOTif explique au candidat : « C'est une des maisons d'Île-de-France. Ici se regroupent plusieurs petites maisons d'édition qui n'ont pas les moyens de se retrouver sur le salon, aussi, avec le soutien de la région Île-de-France, on apporte notre soutien, pour leur permettre de rencontrer les lecteurs et de présenter leurs livres. » 

 


 

D'abord, pas de politique, « on parle du livre, là », assène-t-il, pour balayer toute tentative politique. Ça tombe bien, au Salon du livre, il y a de la matière. Les observateurs politiques noteront la présence de Julien Dray, pourtant peu en odeur de sainteté auprès de la conjointe de François Hollande. Le déjeuner qui doit se dérouler au Salon ce jour même sera sûrement dynamique. 

 

Page people-politique fermée, le candidat s'est félicité de la présence du livre dans notre société, outil « de savoir, de connaissance, vecteur si important pour la diffusion de la culture, qui est aujourd'hui menacé, menacé par l'évolution technologique, le numérique, menacé par une fiscalité qui ne lui est pas favorable. Il y a eu une décision malheureuse, maladroite, mal pensée, qui est celle du candidat sortant, d'augmenter la TVA ». Et le candidat tient également à apporter son soutien aux libraires. « Il n'y a pas de culture s'il n'y a pas de libraires. »

   

« Nous devons aussi promouvoir les lectures publiques, de ce point de vue là, le réseau des bibliothèques est un atout considérable, donc je viens prendre des engagements pour ce qui est la plus grande pratique culturelle en France, la lecture », poursuit François Hollande. Car c'est avant tout « la promotion de la langue française » qu'assure l'édition, tout à la fois « un patrimoine et un atout ». « Patrimoine, parce que c'est ce qui nous appartient à tous, et un atout, parce que c'est également la promotion de notre culture. »

 

 

 

Mais parler de livre, au Salon, c'est aussi la possibilité de faire sentir que la politique culturelle du gouvernement Sarkozy restera mémorable par... son absence. « Chacun fait comme il l'entend. C'est le signe d'une politique. La culture a été, pendant ces cinq ans, abandonnée, oubliée. » On n'en dira pas plus, mais la petite phrase est lancée. Immédiatement après, le candidat se ravise et refuse de s'engager plus en avant sur le terrain politique. Un mot d'ordre : « On est là pour le livre.  

 

Seulement, on n'oubliera pas non plus de revenir sur l'épisode de la Princesse de Clèves. Cette année, le MOTif, observatoire du livre en Île-de-France, a édité un badge, absolument immanquable, qui rappelle combien le candidat Sarkozy avait pu être maladroit, en évoquant un livre qui l'avait fait souffrir, et dont la lecture n'était pas des plus indispensables, selon lui : La Princesse de Clèves.

 

Une déclaration choquante, estime François Hollande, pour qui « c'était mettre en cause le travail de tous ces professeurs qui veulent transmettre les plus beaux livres de notre patrimoine, les émotions qui ont pu être celles de générations et de générations. Mais aussi le sens de l'effort : c'est vrai que ça suppose, pour arriver à comprendre un livre, un passage, un investissement qui est demandé à l'élève. Et quand au plus haut sommet de l'État, on nie l'existence de cet effort, on se moque du travail du professeur, c'est évidemment un mépris qui est ressenti largement. »

 

 

 

Et de poursuivre : « Il faut promouvoir la littérature, toutes les littératures. Les littératures de notre patrimoine, les littératures plus récentes, littérature française, littérature étrangère en langue française. Et la francophonie est là aussi un élément très important pour notre pays. Il y a près de 300 millions de personnes dans le monde qui parlent le français. Il y a même des auteurs étrangers qui écrivent en français. »

 

En fait, selon l'Organisation internationale de la francophonie, on compterait plutôt 220 millions de locuteurs de français à travers le monde - une estimation, certes, importante, re-certes, mais surestimée par le candidat. Pas d'excès de zèle cela dit. 

 

Saluant donc la présence d'auteurs pour qui le français est la langue de l'écriture, et qui ont reçu des prix, comme le Goncourt - on pensera immédiatement à Atiq Rahimi -, François Hollande souligne que « la langue française est au service de la diversité et de l'exception culturelle, au service de l'humanité ». Mais pour revenir à ce badge, qui revendique que « cette année, la Princesse va voter », « c'est la première fois qu'une princesse va s'engager autant dans la campagne présidentielle ».

 

Défi d'entre les défis, le candidat avait annoncé plusieurs heures de présence durant le Salon de l'Agriculture, mais il en fera beaucoup également pour le Salon du livre, attendu qu'il sera également en dédicace chez son éditeur. « Moi, je le fais par plaisir. Je le fais aussi par volonté de rencontrer le plus grand nombre d'acteurs culturels aussi, d'auteurs, d'écrivains, mais aussi de lecteurs. C'est très important d'avoir ce contact. »

 

 

 

Parce qu'il est vecteur d'encouragements et de rencontres, précise-t-il, autant que pour les messages que le candidat pourra y faire passer. « L'écriture, la création, ce sont aussi des éléments que je veux prendre dans toute leur dimension. Et ce soir, je ferai un discours sur la culture. Vous allez me dire, 'un de plus' : oui, mais je considère que la culture doit avoir toute sa place dans la campagne présidentielle. Et qu'être chef de l'État, c'est porter un projet culturel. »

 

Et si sa campagne a démarré de longue date, François Hollande rassure : « Je suis infatigable. Ceux qui espèrent un relâchement, n'ont, à mon sens, aucune chance d'obtenir ce résultat. C'est vrai que je suis en campagne depuis un an, que je développe mon message, que je présente mes propositions. J'ai établi soixante grands engagements pour la France, quand le candidat sortant se disperse, multiple les annonces, ne veut pas évoquer son bilan. Donc j'essaye d'être dans cette relation de confiance, de constance, avec les Français. C'est ce qu'ils attendent du prochain président de la République, alors que le précédent a été celui de l'incohérence et de l'inconstance. »

 

Et le livre qui l'aura le plus marqué ? « Le mythe de Sysiphe. » 

 

Infatigable, on vous dit... Parce qu'il évoque tout d'abord Victor Hugo et sa volonté de lutte contre les inégalités sociales.  «  Ensuite, c'est Camus qui m'a inspiré, là aussi. Sisyphe. Vous voyez, Sisyphe ? Pour cette campagne : continuer à porter son rocher sans cesse, porter son rocher, aller jusqu'au bout et faire en sorte qu'à la fin, je puisse continuer encore à le faire. Dans une campagne, c'est ce qu'il faut faire sans cesse. Il y a toujours une attention qui, à un moment, se distrait. Et donc il faut reprendre, encore. Jamais cesser. Et dans toute ma vie politique, j'ai fait en sorte, à chaque fois, de monter au plus haut. Et là, je suis en train de gravir mon rocher. »  

 

 

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