Hommage à Nellie Bly, journaliste d'investigation anti-macho

Antoine Oury - 05.05.2015

Edition - International - Nellie Bly - Elizabeth Jane Cochrane - doodle Google


Le moteur de recherche Google consacre son fameux doodle à une femme américaine, spécialiste du reportage clandestin. Elizabeth Jane Cochrane aka Nellie Bly est née en 1864, et a marqué le métier par ses méthodes peu orthodoxes. Embauchée à l'âge de 16 ans au sein d'une publication diffusée à Pittsburgh, elle se spécialisera dans la dénonciation des conditions sociales de l'époque, notamment celles des femmes.

 


Nellie Bly, photographiée à New York (Library of Congress, Prints & Photographs Division)

 

 

La carrière de Bly commence avec l'envoi d'une lettre enflammée au Pittsburgh Dispatch, en réaction à une rubrique sexiste du journal. Le rédacteur en chef, intrigué et impressionné par la missive, lui offre la possibilité de publier un article de son choix : elle lui proposera un sujet sulfureux pour l'époque, le divorce et les enfants.

 

Convaincu, le rédacteur en chef George Madden l'embauche : les articles suivants dénonceront notamment les conditions de travail dans une fabrique de conserves, et le désespoir des classes ouvrières. La pression des industriels est telle que la journaliste écrit rapidement sous le pseudonyme Nellie Bly, afin de protéger sa famille d'éventuelles représailles.

 

En 1886, elle effectue un voyage au Mexique, dont elle tirera quelques articles pour le Pittsburgh Dispatch, ainsi qu'un livre, Six months in Mexico, publié en 1888.

 

Un an avant la publication de son premier livre, elle quitte le journal de Pittsburgh et propose sa candidature au New York World de Joseph Pulitzer. Ce dernier lui promet un contrat si elle parvient à s'infiltrer dans un asile pour femmes, le Blackwells Island Hospital à Roosevelt Island. Bly se fait alors passer pour une malade, et créé en même temps le reportage infiltré, dont le modèle sera plus tard repris par Hunter S. Thompson, Günter Wallraff ou Florence Aubenas.

 

En 1988, la journaliste entame un tour du monde pour battre Phileas Fogg, le personnage de Jules Verne dans Le tour du monde en quatre-vingts jours. Elle y parviendra, en 72 jours, malgré le scepticisme des investisseurs mâles. Et rencontrera au cours de son voyage Jules Verne lui-même, qui lui rendra hommage à son arrivée, dans les colonnes de L'Écho de la Somme :

« Amiens, 25 janvier
Jamais douté du succès de Nellie Bly, son intrépidité le laissait prévoir.
Hourra ! Pour elle et pour le directeur du World !
Hourra ! Hourra ! » (voir sur Wikipédia)

Elle tirera un livre de son périple, Le Tour du monde en 72 jours.

 

Nellie Bly épouse ensuite l'industriel millionnaire Robert Seaman, douce ironie, et engage toute une série de réformes sociales au sein de ses entreprises, qu'elle reprend à la mort de son mari, en 1904. Dix ans plus tard, elle sera contrainte de vendre les usines, sous la pression des salariés...

 

Elle repart alors au Royaume-Uni, où elle devient correspondante pendant la Première Guerre mondiale : monde ouvrier, conditions sociales, notamment celles des femmes, restent ses sujets de prédilection. Elle meurt le 27 janvier 1922, à l'âge de 57 ans, à New York.