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Hommage aux traducteurs et traductrices de par le monde

Marie Lebert - 16.06.2020

Edition - Société - traducteurs livres langue - hommage traduction partage - société culture échange


Plus que jamais indispensables dans notre monde global, nous sommes devenus invisibles. Il est loin le temps où nos noms figuraient en bonne place sur nos traductions. Les bonnes habitudes acquises depuis des siècles semblent se perdre.


 

À quelques exceptions près, nos noms sont souvent oubliés sur les livres, articles, pages web, actualités, films, vidéos, applications mobiles et jeux, dont les traductions nous ont demandé des heures, des semaines ou des mois de travail.

Lorsque nos noms sont présents, ils sont en petits caractères en bas de page auprès du copyright ou alors mentionnés à la dernière seconde d’un film ou d’une vidéo.

Nous partageons rarement l’affiche avec les auteurs, et encore moins la couverture et la page de titre des livres traduits, alors que ces auteurs et leurs éditeurs n’auraient pas acquis tous ces nouveaux lecteurs — et ce nouveau marché — sans notre patient labeur mené jour après jour.

Certains auteurs et éditeurs s’intéressent à nous, d’autres pas du tout. Peu d’auteurs nous invitent lorsqu’ils présentent leurs œuvres traduites. Et les éditeurs semblent nous considérer comme un genre mineur.

Nous sommes de plus en plus utiles sur notre planète multilingue et multiculturelle, mais nos conditions de travail se sont dégradées. Nous travaillons le plus souvent à distance, avec un emploi incertain, des conditions de travail précaires et des tarifs en chute libre.

L’internet et les technologies numériques ont leurs bons côtés bien sûr — je pense entre autres à la fantastique encyclopédie qu’est le web — mais aussi leurs mauvais côtés.

Les services de traduction sont souvent offerts par des sociétés prestataires de services linguistiques qui servent d’intermédiaire entre les clients et les traducteurs indépendants, en prenant un pourcentage significatif sur leurs gains.

Au lieu d’embaucher des traducteurs internes comme par le passé, les multinationales engagent des chefs de projet qui gèrent une équipe de traducteurs indépendants et prennent eux aussi un pourcentage significatif sur leurs gains.

La traduction bénévole — y compris la traduction participative — est activement promue par de grands organismes qui ont les fonds nécessaires pour embaucher de nombreux professionnels, mais pas de traducteurs professionnels.

Demande-t-on à un électricien ou à un plombier de travailler bénévolement ? Non. Lorsqu’on est traducteur, on est sollicité dix fois par jour pour contribuer à un monde meilleur. Un monde meilleur pour qui ? Je suis souvent bénévole dans une équipe de bénévoles pour des causes qui me sont chères. Mais être bénévole dans une équipe de salariés ? Non. Dans ce cas, tout travail mérite salaire.

Être bilingue est une grande qualité, mais n’est pas suffisant pour être un bon traducteur. Être traducteur est un métier et demande une connaissance approfondie du sujet. Nombre de nos collègues ont lutté pendant des décennies pour avoir un véritable statut et pour créer des formations professionnelles.

La traduction est un pont indispensable entre les langues et les cultures. Imaginez un instant une librairie ou une bibliothèque dans laquelle tous les ouvrages traduits auraient disparu. Et un web sur lequel toutes les pages traduites seraient effacées. Et des salles de cinéma sans films étrangers. Et la production scientifique sans articles traduits. Et ceci vaut aussi pour les mangas, les applications mobiles, les jeux vidéos et tant d’autres biens culturels.

Nous — traducteurs et traductrices de par le monde — sommes des professionnels à part entière contribuant au savoir, à la science, à la culture et aux loisirs, tout comme les auteurs, illustrateurs, journalistes, cinéastes, chercheurs, éducateurs, artistes et autres créateurs, et nous aimons voir nos noms sur nos traductions.

Nous ne voulons pas être réduits à l’extension humaine de la traduction assistée par ordinateur ou de la traduction automatique, même si nous reconnaissons leur utilité. On nous promet une traduction automatique fiable à 100 % depuis les années 1950, mais ce n’est toujours pas le cas en 2020. Nous avons encore de beaux jours devant nous. L’intelligence artificielle ne remplace pas l’intelligence humaine pour nombre de traductions.

Dans un monde où la technologie est reine et où on ne sait plus si le traducteur est un être humain ou un logiciel, nous souhaitons être reconnus comme des professionnels qualifiés et même comme des artistes, non seulement pour notre vie précaire, mais aussi pour la passion que nous mettons dans notre travail.

Que faire pour être reconnus dans notre société ? On me suggère de relever systématiquement le nom des traducteurs et traductrices pendant un an pour rendre hommage à leur travail. C’est une très bonne idée. Et la durée peut être variable : pendant un mois, une semaine ou même une journée. Une journée complète à l’échelle d’un pays serait un bon début.
 
Marie — traductrice professionnelle depuis vingt ans

Source


illustration : © Denis Renard 


Commentaires
C'est vrai!

When involved more often, I frequently had run-ins with senior mchanical engineers about the most appropriate word to describe some obscure part of the internals of a gearbox (translated from the French). Given two or three alternatives to choose from, thay always simply answered "Yes".

It seemed that there was an engineefing language that ran parallel to the English language.



I would make the choice that seemed most appropriate on "artistic" grounds, rather than scientific, and ti always met with approval!
Merci pour cet hommage amplement, il faut le répéter, mérité : les traducteurs et les traductrices existent et sont indispensables. Et quand en plus ils/elles s’engagent en osant l’adhésion syndicale, ils/elles s’informent sur leurs/nos droits, ne redoutent pas de les faire valoir et participent à leur préservation. Cette publication a par exemple été financée par des traducteurs et des traductrices, pour des traducteurs et des traductrices. Faisons-la circuler sans modération : https://www.sft.fr/clients/sft/telechargements/file_front/71843_Quels_droits_dauteur_pour_le_traducteur_professionel_.pdf.pdf



Combien d’entre nous n’incluent pas encore systématiquement de clause de signature de leur travail dans leurs CGV ? Si souhaité, car nous sommes bien sûrs libres de ne pas signer nos traductions, hors contexte où le traducteur, la traductrice, a l’obligation légale d’apposer ses nom et identité sur ses écrits (cas des experts traducteurs près une cour d’appel qui engagent leur responsabilité professionnelle sur chaque page - une responsabilité qui n’est pas étrangère aux signataires d’un code de déontologie professionnelle).



Combien d’entre nous refusent de traduire si cette clause est rejetée ? Notre clientèle n’est pas plus exigeante que celle d’autres professions. Commençons déjà par nous affirmer dans nos relations professionnelles. Expliquons ce que nous faisons. Réexpliquons. De préférence via des media qui ne nous connaissent pas déjà, comme le présent. Il existe pas mal de formations courtes sur ces thématiques, éligibles à des prises en charge. Pourquoi je reste optimiste ? Nous sommes les forces agissantes de notre reconnaissance. Notre clientèle ne peut pas le faire à notre place. Alors haut les plumes et les clauses, car l’union fait la force !
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