Hommage cynique ou sinistre de Sarkozy à Jacqueline de Romilly

Clément Solym - 20.12.2010

Edition - Société - sarkozy - romilly - hommage


Oui, oui, évidemment, quand on est président, les hommages et les condoléances, c'est un peu comme souffler les bougies du gâteau d'anniversaire : une tradition assez difficile à s'épargner. Mais dans le cas de Jacqueline de Romilly, on croit rêver...

Dans un communiqué, l'Élysée a salué « une grande humaniste dont la parole nous manquera ». Mieux : « La vie et l'oeuvre de Jacqueline de Romilly sont baignées d'une lumière puisée aux sources d'une très haute civilisation - la civilisation grecque -, une flamme qu'elle a transmise et entretenue toute sa vie durant, jusqu'à son dernier souffle. »

Princesse de Clèves, Cicéron et consorts...


Alors, oui, difficile même de croire que Nicolas Sarkozy soit à l'origine de ces mots. Mais la plume qui a rédigé ce communiqué doit être dotée d'un solide sens de l'humour un peu noir. Et pour cause : une fois n'est pas coutume, revenons sur l'histoire Princesse de Clèves. L'affaire avait fait du bruit et même un peu plus durant le Salon du livre de Paris 2009. Nicolas Sarkozy avait assumé ouvertement que le livre ne présentait absolument aucun intérêt... Chapeau...

Mais on n'oubliera pas de sitôt non plus l'intervention de Philippe Baumel, membre du conseil national du PS, qui avait pointé du doigt le comportement de Luc Chatel à l'égard des langues anciennes. Oui, pas mortes : anciennes. « Si La Princesse de Clèves ne semble guère utile aux yeux de notre président de la République, le latin et le grec, Cicéron, la Guerre des Gaules, Pline, Virgile et Sénèque seront, semble-t-il, bientôt voués à la critique rongeuse des souris sinon à un exemplaire autodafé sous la haute autorité de Monsieur Luc Châtel, ministre du Marketing éducatif. » (notre actualitté)

Sans que Nicolas Sarkozy n'ait montré le moindre intérêt pour l'enseignement des langues anciennes. Pour preuve, son gouvernement s'emploie gentiment à faire en sorte que ce pan de l'éducation soit relégué bien, bien au fond... des oubliettes.

Communiquons, c'est pas un gros mot ?

Or, dans le communiqué de l'Élysée, on peut lire : « Jacqueline de Romilly a contribué autant à l'édification intellectuelle des jeunes générations, à l'instruction du grand public par ses nombreux ouvrages, qu'à la libération de la femme par l'exemple qu'elle a donné de sa propre élévation. »

Oh, évidemment, la critique est aisée et l'art est difficile. Mais assurément, le président aurait presque mieux fait de s'abstenir...

Mais on se souviendra que le CNARELA avait écrit, en mai 2007, à Nicolas Sarkozy, pour lui « demander des précisions sur votre programme en matière d’éducation et sur la place que vous comptez accorder au latin et au grec ». Mais là, le candidat s'est pris les pieds dans le tapis, en parlant de « littérature ancienne », et contre toute politesse, n'a pas donné suite à ladite lettre. (source)

D'ailleurs, du latin, on ne lui connaît pas grand-chose, sinon cette célèbre intervention :


Vanitas, vanitatum et omnia vanitas.