Homophobie en Afrique : un écrivain Kenyan brise le tabou

Nicolas Gary - 22.01.2014

Edition - International - homosexualité - Afrique - Binyavanga Wainaina


Binyavanga Wainaina est un écrivain d'origine kényane. Aucun de ses ouvrages n'a été publié en France, mais l'auteur, qui vit à Nairobi, est considéré comme l'un des précurseurs du genre Kwani. Cette littérature, typique au Kenya, propose une vision très contemporaine, et urbaine, dans ses genres et ses formes. On y retrouve des dialectes urbains, mêlés aux langues populaires « nées du contact de l'anglais et des langues locales, parlées dans les lieux de socialisation urbains tels que les bars, les restaurants, les clubs ». (voir Fabula)

 

 

Mark Kamau and Binyavanga Wainaina

L'écrivain, à droite sur la photo, face à lui Mark Kamau

witheafrican, CC BY 2.0

 

 

 

Journaliste et écrivain, Binyavanga Wainaina est né en 1971, et aujourd'hui il vient de révéler son homosexualité, dans un texte mis en ligne sur Chronic, intitulé I am homosexual, Mum. Une provocation, autant qu'une prise de position, alors que l'homosexualité est interdite dans nombre de pays africains. Au Kenya, les arrestations pour homosexualité sont rares.  

 

Les réactions ne se sont pas fait attendre, mais celle de l'écrivain, depuis Twitter, est la plus intéressante : 

 

Et bien entendu, les soutiens comme les critiques ont fusé. L'écrivain Teju Cole apporte toutefois un commentaire poignant : 

 

 

 

« J'ai 29 ans. Nous sommes le 11 juillet 2000. Moi, Binyavanga Wainaina, jure honnêtement avoir su que j'étais homosexuel depuis que j'ai cinq ans. Je n'ai jamais touché un homme sexuellement. J'ai couché avec trois femmes dans ma vie. Une, avec succès. Seuiement une fois, avec elle. C'était incroyable. Mais le lendemain. Je n'ai pas pu », peut-on lire au milieu de son texte. 

 

« Personne, personne, dans ma vie n'a encore entendu ceci. Jamais, maman. Je ne te faisais pas confiance, maman », rapporte l'AFP, traduisant le texte. Et sur Twitter, l'écrivain poursuit : « Il n'y a pas de pays au monde qui connaisse la diversité, la confiance, le talent et la fierté noires autant que le Nigeria. » Il affirme que les lois qui sévissent contre les homosexuels sont des hontes pour tous. 

 

À ce titre, rappelons que le président de l'Ouganda, Yoweri Museveni s'est opposé à une législation qui envisageait de condamner à la prison à vie les homosexuels qui seraient récidivistes. Un avant-projet proposait la peine de mort.... « Le président a dit de façon constante que nous avons toujours eu des homosexuels en Afrique et qu'ils n'ont jamais été persécutés. Mais nous ne les autoriserons pas à se marier en public, à organiser une manifestation à Kampala », expliquait un porte-parole du président Tamale Mirudi.

 

L'intervention de Wainaina n'est cependant pas le fruit du hasard : elle intervient à la croisée de cette décision en Ouganda et d'autres événements. Au Nigeria, la semaine passée, c'est une peine de prison de 14 ans pour les actes d'homosexualité, qui a été validée. « J'y étais trois fois, l'an passé. C'est un endroit que j'aime, comme un second foyer pour moi », déplore l'écrivain. « Bien sûr, mes amis savaient, mais j'étudiai avec eux la manière dont il serait le plus utile de faire une déclaration publique, depuis plus de huit mois », assure-t-il. 

 

Après une année de voyages internationaux, l'écrivain ressentait le besoin de rompre avec cette clandestinité, alors qu'il vivait à Nairobi, ville cosmopolite, entouré d'amis artistes - et ce, alors que partout ailleurs en Afrique, les homosexuels vivent une oppression permanente et croissante. Le mois passé, se souvient-il, il avait voulu rendre hommage à un ami gay, décédé, et appris que sa famille, chrétienne, l'avait rejeté, de par son orientation sexuelle.   

 

Si certaines batailles en Afrique sont perdues, estime-t-il, la guerre pour les droits des homosexuelles ne l'est pas. « L'idée qu'il n'existe pas d'homosexualité dans la culture africaine est un mélange de puritanisme, hérité des premières églises, mélangé à de la propagande et de la peur », assure-t-il.

 

« Je veux faire partie d'une génération de personne, au Kenya, et en Afrique, qui change [le continent] pour le rendre viable à lui-même. »

 

via Gobal Post