Hong Kong : manifestation de soutien aux éditeurs, et tollé international

Clément Solym - 11.01.2016

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Depuis le mois d’octobre, plusieurs employés d’une maison d’édition de Hong Kong ont été portés disparus. Et en regard de la ligne éditoriale, assez provocatrice, les regards se tournent vers la Chine. La disparition la semaine passée de Lee Bo, la cinquième, s’est répandue à travers la toile, suscitant une vague d’inquiétude, que le silence chinois accroît.

 

Hong Kong Rush Hour

Andreas, CC BY SA 2.0

 

 

Lee Bo avait été aperçu pour la dernière fois alors qu’il se rendrait à l’entrepôt de la maison Mighty Current Publishing, le 6 janvier dernier. Et depuis, plus aucune nouvelle.

 

Une manifestation populaire avait alors réuni une vingtaine de personnes dans les rues de Hong-Kong, quelques jours plus tard. Parmi les manifestants, Raphaël Wong, vice-président de la ligue des sociaux-démocrates, a commenté : « La liberté des gens est inviolable, si le gouvernement central arrête un résident de Hong-Kong et l’emmène en Chine continentale, ceci constitue une menace pour notre liberté d’expression. » 

 

 

 

 

Albert Ho, du conseil législatif de Hong-Kong, a également osé s’exprimer : « Assurément, la disparition de ces libraires est due à la publication de ces livres politiquement sensibles, dont la majorité critique sévèrement le régime communiste. »

 

Mobilisation continue sur place, et inquiétude à l'international

 

Le 10 janvier, une nouvelle vague de protestation a cette fois réuni près de 6000 personnes, selon les organisateurs. On y dénonçait l’influence de la Chine sur Hong Kong, qui a pourtant conquis en 1997 son statut de semi-indépendance : les autorités chinoises n’ont en effet pas le droit d’y intervenir. Ce qui inquiète plus encore, quant aux disparitions constatées. 

 

Le président du Syndicat national de l’édition, présentant ses vœux 2016, évoquait ces étranges disparitions. « C’est en des temps comme ceux que nous vivons que nous prenons davantage conscience de l’importance de notre métier. Par la liberté d’expression, la liberté de publication, l’éditeur poursuit sans relâche son travail qui consiste à garantir le pluralisme que dans beaucoup de pays les opposants aux libertés veulent éradiquer. Le livre porte en lui une parole libre », déclarait Vincent Montagne. 

 

Cette fois, plusieurs associations professionnelles se mobilisent pour attirer l’attention de chacun. L’American Booksellers Association (ABA), l’Association of American Publishers (AAP), l’Authors Guild (AG) et le PEN American Center (PEN) ont diffusé un communiqué de presse, rejoints par la Fédération européenne et internationale des libraires et l'International Publishers Association (IPA). « Tandis que l’information se répand de manière virale à travers le monde, le secteur du livre est, une fois encore, préoccupé par la liberté d’expression. »

 

La liberté de Hong-Kong remise en cause

 

Les différentes organisations « tiennent à exprimer leur vive inquiétude », alors que les ouvrages de la maison se vendent actuellement par milliers – du fait de l’attention consacrée dans les médias. « Il est largement admis à Hong Kong que les libraires disparus ont été placés en détention par les autorités chinoises », poursuivent-elles. « Le gouvernement chinois n’a ni confirmé ni démenti que ces hommes se trouvent en Chine. Cependant, le Global Times, une publication du parti communiste a récemment fait paraître un éditorial accusant Mighty Current "d’attiser les tensions sur le continent". »

 

RFI rappelle pour sa part que Mighty Current, la maison, s’était spécialisée dans « les révélations sur les dirigeants chinois, des révélations parfois sérieuses, ou parfois complètement bidons ». Elle doit d’ailleurs faire paraître un ouvrage concernant Xi Jinping, président du Parti communiste, et ses amours, au fil de sa carrière.

 

« L’enlèvement de ces hommes engagés dans la publication et la vente de livres serait une sérieuse violation de la liberté de la presse et aurait un effet néfaste sur la liberté d’expression à Hong Kong », concluent les organisations. Elles espèrent que le gouvernement des États-Unis diligentera rapidement une enquête pour élucider ces mystérieuses circonstances.