Hong Kong met en vente les livres censurés par le Parti Communiste Chinois

Orianne Vialo - 21.07.2016

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Le coup d’envoi pour la 27e édition de la Foire du livre de Hong Kong, organisée par la Hong Kong’s Trade Development Council (HKTDC) a été donné hier. Comme chaque année, des milliers d’acteurs du monde de l’édition se retrouvent au Hong Kong Convention & Exhibition Centre, pour cet événement qui porte cette année - et pour la première fois - le thème "La littérature des arts martiaux chinois". Une fois encore il sera possible de trouver des ouvrages traduits en langue étrangère, de la presse… et même les livres critiques envers Pékin, malgré les représailles de la Chine à l’encontre de cinq libraires hongkongais depuis octobre 2015. 

 

(Hong Kong Skyline, CC BY 2.0)

 

 

Un total de 640 libraires et éditeurs participent à la Foire de Hong Kong cette année, ce qui représente une hausse de 9 % par rapport à la précédente édition. Et comme chaque année, les Chinois sont nombreux à franchir la frontière pour assister à cette manifestation.

 

La raison : ils souhaitent feuilleter ces ouvrages auxquels ils n’ont pas accès en temps normal, car censurés par le Parti communiste chinois. Les textes de dissidents politiques, ou les textes critiquant le pouvoir politique sont rarement à l'honneur sur le continent. Shu, un visiteur, explique qu’il a pris des vacances spécialement pour lire des livres qu’il ne peut pas se procurer en Chine. « Je veux les lire ici, je ne vais pas les rapporter chez moi. Cela m’inquiéterait de le faire. » 

 

Voici les livres interdits par le gouvernement chinois, que les visiteurs pourront quand même découvrir à la Foire du livre de Hong Kong :

 

The Collected Works of Zhao Ziyang (éd.Chinese University Press, 2016) de Zhao ZiYang

Hong Kong self-determination (éd. Enrico Publishing, 2016) de Lam Hong-Ching 

Sick Tales (éd. Kind of Culture imprint, 2015) de Milk Choy 

On the Sovereignty of the City-State (éd. Subculture, 2015) de Chin Wan 

Collection of essays by Ai Wei Wei (éd. Great Mountain Culture, 2012) d’Ai Wei Wei

Hong Kong as a City-State et Hong Kong as a City State II (éd. Enrich Publishing, 2011-2014) de Chin Wan

 

Un porte-parole de la HKTDC a déclaré, dans une note officielle :

 

« La Foire annuelle du livre de Hong Kong, organisée par la HKTDC, fournit une plateforme de ventre neutre qui soutient la promotion de l’industrie de l’édition, et la promotion culturelle. Nous veillerons à ce que les livres et les produits exposés sont conformes aux lois de Hong Kong, mais nous ne sommes pas impliqués dans la sélection des livres affichés ou vendus par les éditeurs. »  

 

La Chine n'hésite pas à séquestrer ceux qui ne respectent pas la censure 

 

Des libraires indépendants ont expliqué à l’AFP qu’ils étaient toujours disposés à avoir en stock ces ouvrages salaces ou critiques, mais qu’en fait, le nombre de livres disponibles se réduisait de plus en plus , car les éditeurs refusaient de les imprimer à nouveau, sûrement par crainte de représailles.

 

À compter du mois d'octobre, cinq membres de la maison d'édition Mighty Current publishing ont été enlevés par le gouvernement chinois, car ils étaient accusés d'avoir publié des ouvrages dissidents ou jugés irrespectueux envers le régime chinois.

 

En février, la Chine avait même reconnu être à l'origine de ces nombreuses disparitions, provoquant la colère des communautés internationales. Le pays avait cependant accepté d'entamer des discussions avec Hong Kong, quelques temps après que le Lam Wing-kee, directeur général de la maison d’édition Mighty Current publishing a été libéré et déclaré lors d'une conférence de presse : « J'ai passé 5 mois dans une pièce d'environ 18 m2, de moins de 20 m2 ».

 

Se battre, sans céder à la pression du gouvernement chinois

 

Loin d’être effrayé par d’éventuels retours de bâton, Jimmy Pang, directeur de la maison Subculture a quant à lui martelé : « Comme éditeur, je crois qu’il ne faut pas s’inquiéter. On perd si on commence à s’inquiéter. » Même s’il comprend que d’autres puissent se sentir menacés, il estime que « si un livre est interdit tout d’un coup, disons après que les autorités du continent l’ont décrété ainsi, toute la chaîne peut avoir des problèmes, auteur, éditeur, distributeur et même lecteur ». 

 

Des dires confirmés par Lam Hong-ching, auteur de livres politiques publié chez Subculture : « Les gens sont inquiets, certains auteurs n’écrivent même plus. Certains éditeurs n’osent plus publier. » Cependant, il table sur le fait qu’« il est d’autant plus important d’écrire ces livres maintenant, sinon les gens ne seront pas informés correctement ».

 

Lui qui a écrit un titre sur l’autodétermination de Hong Kong - dont 2000 exemplaires seront vendus sur le stand de l’éditeur Subculture - est de fait, très proche des idéologies des jeunes militants hongkongais qui souhaitent prendre leurs distances avec Pékin, et qui souhaitent de fait, avoir davantage accès aux idées plus libérales, fermement réprouvées par le gouvernement chinois. « Je soutiens l’indépendance de Hong Kong, et beaucoup de gens commencent à le faire » ajoute-t-il. 

 

Paul Tang, libraire, confie que la demande, pour ces livres censurés par la Chine, est de plus en plus grande. Malgré tout, il rejoint les propos de Lam Hong-ching, en précisant qu’il ne reçoit plus que la moitié des livres portant sur les hommes politiques chinois.

 

Benjamin Chau Kai-leung, directeur exécutif du Conseil de développement du Commerce - et organisateur de l’événement - a déclaré, dans une interview accordée au South China Morning Post que « Hong Kong est un lieu libre et ouvert… Peu importe le contenu des ouvrages, qu’ils parlent de questions politiques, ils peuvent être vendus lors la Foire du livre de Hong Kong ».

 

(via AFP, Quartz, South China Morning Post)