Hong-Kong : un éditeur disparu réapparaît, torturé par d’étranges remords

Camille Cornu - 18.01.2016

Edition - International - Hong-Kong - Gui Minhai - video confession


Un des cinq éditeurs basés à Hong-Kong et mystérieusement disparus est réapparu dans une vidéo-confession sur la chaîne officielle chinoise CCTV. Il explique s’être rendu aux autorités chinoises de son propre chef, rongé par la culpabilité pour un délit de fuite commis il y a onze ans... C'est que la culpabilité, cela peut prendre des années avant de devenir insupportable. Et accessoirement dédouaner la Chine de tout interventionnisme pas vraiment légal.

 

Gui Minhai, capture d'écran de sa "confession" télévisée. 

 

 

L’éditeur de 51 ans, qui a la nationalité suédoise, avait disparu lors de vacances en Thaïlande à l’automne dernier. Il est copropriétaire du groupe The Mighty Current publishing, dont quatre employés avaient également disparu. Le groupe est connu pour publier des ouvrages critiques envers le parti communiste chinois. Selon des rumeurs, Gui Minhai s’apprêtait à publier un ouvrage sur la vie amoureuse de Xi Jinping. 

 

Après la disparition de ces éditeurs, le gouvernement chinois était fortement suspecté. Les éditeurs, terrifiés après la dernière disparition, celle de Lee Bo, seul à avoir disparu alors qu’il se trouvait encore à Hong-Kong, commencent d’ailleurs à annuler les publications de livres critiquant le gouvernement. À travers le monde, plusieurs organisations de professionnels du livre demandaient des explications au gouvernement chinois. 

 

Filmé en larmes dans un centre de détention, l’intéressé explique s’être rendu au gouvernement chinois après avoir tué une jeune fille lors d’un accident survenu il y a onze ans et pour lequel il avait été condamné à deux ans de prison, déferré à deux ans plus tard. La famille de la défunte avait alors demandé un châtiment plus lourd. Minhai s’était exilé en Suède, de peur de terminer en prison.

 

Il a annoncé s’être rendu lui-même aux autorités chinoises, n’en pouvant plus de vivre avec ce sentiment de culpabilité, afin d’assumer ses « responsabilités légales » et être prêt à « accepter toute forme de châtiment ». 

 

Une confession qui laisse perplexe

 

Il insiste également sur le fait que personne, surtout pas les autorités suédoises, dont il est ressortissant, ne se mêlent de l’affaire : « Bien que j’aie la nationalité suédoise, au fond je me sens profondément chinois. J’espère que les autorités suédoises respecteront mes choix, mes droits et ma vie privée, et me laisseront m’occuper de mes affaires. Cela relève de ma responsabilité. Je ne veux que personne ni aucune institution ne s’en mêle ou n’entrave mon retour. Ni de battage médiatique malveillant ».

 

 

 

Nicholas Bequelin, directeur d’Amnesty International en Asie, a commenté la situation ironiquement dans un tweet : « Récapitulons. Gui Minhai, rongé par la culpabilité, vient se rendre... Bien qu’il ait déjà reçu un jugement suspendu pour ça. Ok ». 

 

 

 

En visite à Hong-Kong où il participait lundi matin à une conférence, le vice-ministre suédois des Finances, Per Bolund a déclaré que Stockholm « est très préoccupé par le développement » concernant Gui Minhai, et demande aux autorités chinoises de faire preuve de plus d’« ouverture et de fournir des informations et un moyen pour que les autorités suédoises puissent contacter le détenu ».

 

Rien dans la vidéo ne dit comment Gui Minhai se serait retrouvé entre les mains du gouvernement chinois alors qu’il a été vu pour la dernière fois en Thaïlande. De plus, la fille de Gui Minhai a confié au magazine chinois Apple Daily n’avoir jamais entendu parler de cet accident de voiture. 

 

Cette vidéo-confession pose finalement plus de questions qu’elle n’apporte de réponses... À voir si le même genre d’explications sorties de nulle part surgira pour la disparition des quatre collègues de Minhai.