Hong-Kong : Une lettre du libraire disparu confirmerait le scénario de l'éditeur disparu

Camille Cornu - 22.01.2016

Edition - International - Lee Bo lettre - Hong Kong


Après la vidéo où un des éditeurs disparus en Chine annonçait s’être « rendu aux autorités chinoises » volontairement, les réactions n’avaient pas manqué de dénoncer une mise en scène visant à dissimuler sa détention illégale par le gouvernement. Un des autres disparus, Lee Bo, vient d’envoyer une lettre à sa femme où il dit avoir eu connaissance des agissements « immoraux » de son collègue, confirmant ainsi le « scénario ». Il en profite également pour dire à toute institution de ne pas se mêler de l’affaire, alors que la Suède se préoccupe du cas de Gui Minhai et que les autorités britanniques ont été appelées à intervenir sur le cas de Lee Bo.

 

China Democracy Yu Jie

Yu Jie, CC BY 2.0

 

Le gouvernement chinois est toujours fortement suspecté après que cinq employés du groupe The Mighty Current publishing ont disparu. Le groupe est connu pour publier des ouvrages critiques envers le parti communiste chinois, et s’apprêtait à publier un ouvrage sur la vie amoureuse de Xi Jinping. Ces livres dissidents sont particulièrement appréciés des touristes du reste de la Chine lorsqu’ils se rendent à Hong-Kong, qui bénéficie, ou du moins était censée bénéficier, d’un meilleur respect des libertés fondamentales, comme la liberté d’expression. 

 

Et le fait qu’un des éditeurs disparus, Gui Minhai, ait donné des nouvelles dans une étrange apparition télévisée ne lève pas franchement les soupçons portant sur le gouvernement chinois. Dans ce qui a été dénoncé comme une mise en scène forcée, il disait s’être rendu volontairement aux autorités chinoises, subitement rongé par la culpabilité pour un accident de voiture datant de 2003.

 

Le scénario manquait un peu de cohérence, Gui Minhai ayant disparu en Chine, mais rien n’expliquant comment il s’était retrouvé aux mains des autorités chinoises. Une enquête a par la suite été ouverte par les autorités thaïlandaises, qui ont confirmé que Minhai n’avait « jamais officiellement quitté le pays ». 

 

Un collègue de Minhai confirme le scénario, dans une lettre tout aussi suspecte. 

 

Mais le groupe d’éditeurs disparu a persisté dans l’affirmation de ce scénario bancal : c’est maintenant une lettre manuscrite signée du nom de Lee Bo, qui a été reçue par sa famille. Elle a été reproduite dans le South China Morning Post, un quotidien de Hong-Kong. Lee y insiste sur le fait qu’il a quitté volontairement Hong-Kong, mais aussi qu’il a découvert que Gui Minhai « avait une histoire compliquée. (...) Il a été impliqué dans d’autres crimes. C’est une personne moralement inacceptable. »

 

Il dit également avoir suivi la situation à Hong-Kong et être au courant que : « Certaines personnes utilisent mes méthodes d’immigration comme un prétexte pour dénigrer gratuitement le “un pays, deux systèmes”, et le service de protection du gouvernement de Hong-Kong. (...) c’est ridicule ! »

 

Mais il demandait également, tout comme Minhai dans son apparition télévisée, à ce qu’aucune institution ne se mêle de son départ, et menaçait même de « poursuivre les médias irresponsables ». La lettre ne contenait aucune explication ni mot personnel, si ce n’est qu’il précisait s’être fait « beaucoup d’amis », et qu’il demandait à sa femme d’embrasser leur fils...

 

C’est la troisième lettre que la femme de Lee Bo reçoit, et elle a indiqué qu’il était inhabituel pour son mari de s’exprimer en mandarin, quand ils parlent d’habitude cantonais. Elle a également indiqué avoir reçu un appel téléphonique, où il s’exprimait toujours en mandarin. Enfin, elle a également confirmé avoir reçu une vidéo, qui n’a pas été diffusée. Elle n’a pas précisé quand elle avait reçu cette vidéo. 

 

Le gouvernement britannique appelé à réagir. 

 

Tim Godfray, directeur de l’association de libraires britannique The Booksellers Association (BA), a écrit au secrétaire des affaires étrangères Philip Hammond pour lui demander d’ouvrir une enquête sur la disparition de Lee Bo, lui aussi détenteur d’un passeport britannique. 

 

Dans sa lettre, il n’hésite pas à expliciter le rôle du gouvernement chinois : « Puisque la librairie et les maisons d’édition liées, Mighty Current, sont connues pour exprimer des points de vue critiques sur le gouvernement communiste chinois, ces événements ne peuvent être considérés isolément, mais doivent nous permettre de réaliser que le gouvernement chinois de Beijing ne respecte pas le principe du “Un pays, deux systèmes” qui avait été signé entre le Royaume-Uni et la Chine et devait conférer un statut particulier à Hong-Kong ». 

 

Quant à Gui Minhai, il possède la nationalité suédoise, et Stockholm n’avait pas tardé à réagir : le gouvernement avait demandé plus de transparence à la Chine sur la question, en indiquant que pouvoir rencontrer Gui Minhai en personne serait la meilleure solution.