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Houellebecq et Wikipedia : Flammarion admet la violation de licence

Clément Solym - 01.12.2010

Edition - Justice - contrefaçon - violation - licence


C'est une situation paradoxale en diable, mais pourtant, nous en sommes là : deux univers se retrouvent face à face. L'un, prônant une démarche copyleft, l'autre affirmant la seule valeur du droit d'auteur. Amusant, parce que l'un comme l'autre parle de propriété intellectuelle. Mais pas de la même manière.

Contacté par ActuaLitté, Florent Gallaire, auteur d'un PDF gratuitement distribué de La carte et le territoire, nous avait clairement résumé sa démarche : « Quand on m'a dit que le roman de Houellebecq contenait des passages de Wikipedia, il m'a fallu une demi-seconde pour penser que l'oeuvre était alors, par effet viral, sous licence Creative Commons. » Ainsi, il s'était accordé le droit de distribuer gratuitement le livre de Michel Houellebecq. (notre actualitté)

Chose que l'éditeur ne pouvait pas accepter, et Gilles Haéri, directeur général avait assuré la semaine passée que la situation n'en resterait pas là : « Nous allons entreprendre des démarches juridiques à l'encontre des intéressés, en commençant par une mise en demeure. Et si cela ne suffit pas, nous engagerons des actions. » (notre actualitté)

Arroseur arrosé


Eh bien nous y sommes. La mise en demeure est hier parvenue à Florent Gallaire, qui nous l'a lui-même confirmé. Or, un proche de la rédaction souligne tout le paradoxe de la situation. « Si Flammarion envoie une mise en demeure, c'est qu'ils estiment que le texte n'est pas sous Creative Commons, donc qu'ils ont les droits de ce livre. Nous sommes d'accord. Mais cela signifie surtout qu'ils admettent avoir violé la licence d'utilisation de Wikipedia, consciemment. Et d'autant plus que Houellebecq a revendiqué les emprunts qu'il a pu faire à l'encyclopédie. »

Or, si l'éditeur met en demeure de retirer le texte, c'est parce qu'il estime disposer seul des droits sur le livre, tout en considérant ne s'être pas plié aux règles de citation et de redistribution inhérentes à l'usage de Wikipédia. « Évidemment : s'ils n'avaient pas mis en demeure, c'est qu'ils acceptaient ces règles d'utilisation. Donc en soi, ils sont coincés : soit ils acceptent la logique Libre et admettent la Creative Commons, soit ils refusent, et dans ce cas, ils sont contraints d'avouer un acte de contrefaçon vis-à-vis de Wikipedia. »

Situation démente et passionnante. Florent Gallaire avait d'ailleurs conclu. Selon lui Flammarion ne peut pas admettre la licence Crteative Commons, parce qu'elle « permettrait alors à Gallimard de s'emparer du texte et de le vendre à son tour », étant donné qu'aucune clause n'interdit la commercialisation des textes...

Il ne reste plus qu'à savoir quelle sera la position de Wikimedia France, puisque désormais, l'éditeur a donné la sienne...