Houellebecq opte pour l'iPad, manquant de force dans les bras

Clément Solym - 31.12.2010

Edition - Société - houellebecq - ipad - lire


Il s’est fait voler la vedette par Stéphane Hessel, devenu le succès de librairie, sorti de presque nulle part et qui, avec Indignez-vous, éclipse complètement les ventes du Goncourt. Faut reconnaître que 500.000 ventes par bouche à oreille, qui remettent un Goncourt à sa place, ça en impose.

Mais dans son point de vue sur l’année 2010, Houellebecq intéresse moins pour son prix Goncourt que pour ses réflexions... sur l’iPad. Tout particulièrement parce que le romancier avait, dans un entretien accordé début décembre à la librairie Mollat, expliqué combien il lui était « impossible de passer au tout numérique ». Et d’assurer alors : « Je ne me convertirai jamais à l’iPad, quoi» Ben tiens... Et il n’y a pas de morceaux de Wikipedia dans la Carte et le territoire ? 

Racontant en effet toute son année 2010 aux Inrocks, Houellebecq, à peine deux semaines plus tard, semble avoir non seulement oublié ses propos tenus chez le libraire bordelais, mais surtout, passablement changé d’avis. 

« En 2010, donc, j'ai obtenu le prix Goncourt ; la France n'a guère brillé en Coupe du monde ; Apple a lancé son iPad. J'en ai acheté un courant octobre, six mois après sa sortie », explique-t-il à nos confrères. Tiens donc : il en avait donc un depuis quelques jours déjà ? Non, c’est plutôt la vidéo faite chez Mollat qui avait été réalisée avant l’achat... sinon, il faudrait croire que le bonhomme a des problèmes de mémoire ? Surtout qu'il porte le coup de grâce : « Ceux qui n'ont pas achevé leur conversion numérique sont priés de s'activer un petit peu. »

Fascinant.

Reconnaissant les qualités de la tablette, notamment pour la lecture de BD, et imaginant facilement qu’il pourra se créer de nouvelles oeuvres avec un tel appareil, Houellebcq assure cependant qu’il ne peut pas écrire sur la tablette. Car le papier, voyez-vous...

« Bon, je cesse de tourner autour du pot, j'en viens à mon vrai sujet : ET LES LIVRES ? Eh bien, l'objet présente de réelles qualités (le format, le poids sont parfaits) ; pourtant, ce n'est pas encore ça ; et, même, j'ai l'impression que ça ne le sera jamais. D'abord, j'annote mes livres, et même beaucoup ; et pour l'annotation, l'iPad, c'est zéro : sélectionner, double-cliquer, ouvrir un affligeant clavier virtuel...

Non, l'écriture manuscrite reste le seul moyen efficace de suivre la vitesse et les bifurcations de la pensée. Ma réticence à la lecture sur iPad est au fond du même ordre que celle à l'écriture sur ordinateur.
» Ah, finalement, le voilà qui retombe un peu sur ses pattes.

Provocation ? Évidemment. Tout est là : « Oui, je pourrais résumer mon année comme ça : j'aurai passé la moitié de mon temps à me demander si j'allais acheter un iPad. Je faisais pourtant partie du coeur de cible (voyage beaucoup, lit énormément, pas tellement de force dans les bras) ; à l'évidence, je n'y voyais pas un achat anodin. »

Bonne année 2011, dans ce cas...