Houellebecq, Voltaire, Charlie Hebdo : 2015, année de tolérance et d'expression

Antoine Oury - 19.01.2015

Edition - Société - Michel Houellebecq - Fleur Pellerin - Voltaire tolérance


Défendre la liberté de création et la liberté d'expression fut l'un des sujets évoqués par Fleur Pellerin au cours de ses vœux 2015. L'occasion, immanquablement, de parler du meilleur vendeur actuel, Michel Houellebecq, qui a dépassé les 155.000 exemplaires de son roman, Soumission. Et que la ministre a lu, pendant les vacances.

 

 Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication - Voeux à la presse 2015

Fleur Pellerin - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

On ne peut donc pas défendre ces deux notions, et « empêcher Michel Houellebecq  de prendre des positions qui pourraient agiter des peurs ou créer de la fracture sociale ». Dans son dernier roman, l'écrivain raconte une sorte d'uchronie où la France serait dirigée par un parti musulman modéré. Une perspective qui a fait couler beaucoup d'encre. 

 

« La France que dépeint Michel Houellebecq, qui en réalité est celle que dépeignent tous ses livres, depuis qu'il écrit, montre [le destin] d'individus qui ont un horizon très restreint. » On peut y lire, « beaucoup de résignation, qui sont des gens extrêmement cyniques, qui n'ont plus tellement d'espoirs pour quoi que ce soit, ni d'idéal, qui sont dans des formes de désespoir affectif ». 

 

Des ouvrages qui montrent « une société résignée et soumise, comme l'indique le titre... Je crois que c'est à l'antithèse de ce que l'on a vu dimanche dernier dans la rue », estime la ministre, parlant de la Marche républicaine, en soutien à Charlie Hebdo. « Moi, je ne veux pas dire Michel Houellebecq, c'est bien ou ce n'est pas bien. C'est un écrivain, c'est un grand écrivain français [...] qui a dépeint la France telle qu'il la voyait et pas la France telle que, moi, je la vois. »

 

Et d'ajouter : « Moi, je vois une France debout et certainement pas soumise. » Houellebecq n'a « pas voulu faire un acte de foi politique en écrivant ce livre, il a fait un travail d'écrivain, il a écrit une fiction ». Et dans cette dernière, l'image qu'il donne de la société « n'est pas celle que moi je ressens, en voyant les manifestations de dimanche dernier ». 

 

Dans les écoles et les collèges, favoriser le débat

 

Que penser alors des ventes du Traité sur la tolérance de Voltaire, qui ont explosé peu après les attentats perpétrés chez Charlie Hebdo ? Un message « extrêmement important », qui a été porté par le public lui-même. « Il n'y a pas de plus beau message que pouvaient adresser les Français, que de porter ce livre en tête des ventes. » Un très beau signal, donc, qui inviterait à revenir aux philosophes des Lumières, dont les œuvres ont « inspiré la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et un certain nombre de principes républicains ».

 

 

 

Ainsi, ce n'est pas en assénant la nécessité de ces valeurs, mais en faisant preuve de pédagogie, « expliquer, et expliquer encore, et pas juste dire : “Il faut penser comme ça.” Ce n'est pas quelque chose de vertical, et ce n'est pas comme ça que l'on va sensibiliser les jeunes, notamment, et leur faire comprendre pourquoi ces valeurs sont si importantes ».

 

Plusieurs acteurs de la culture ont manifesté auprès de Fleur Pellerin leur désir d'intervenir pour porter ces messages, d'une part en diffusant des œuvres dans les écoles, comme Timbuktu ou La tour de Babel, et ensuite, en ouvrant les débats. « Ce n'est pas en livrant de l'information brute que l'on va créer cet espace de délibération qui est absolument indispensable. »

 

S'approprier les valeurs de la République passera par la multiplication des initiatives spontanées. Fleur Pellerin travaillera ainsi avec les DRAC pour les soutenir. « Les acteurs de la culture peuvent être de formidables passeurs pour créer du débat, parce que c'est toujours plus facile de partager et faire comprendre des valeurs qui sont philosophiques ou complexes, à partir de choses réelles. »

 

Aller dans les écoles primaires, ou les collèges, pour « faire très pratiquement comprendre pourquoi c'est important de défendre l'humour, d'avoir des caricaturistes, la liberté de la presse, de ne pas s'autocensurer, d'avoir des artistes ou des écrivains qui peuvent, qui ont le droit de dire ce qu'ils ont à dire, et de ne pas être menacés ». Tout ce travail sera crucial dans les années à venir, promet la ministre.